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MÉMOIRES COURONNÉES
ET
MÉMOIRES DES SAVANTS ÉTRANGERS
PURLIÉS PARK
L'ACADÉMIE ROYALE
DES SCIENCES. DES LETTRES ET DES BEAUX-—ARTS DE BELGIQUE.
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MÉMOIRES COURONNES
ET
MÉMOIRES DES SAVANTS ÉTRANGERS
PUBLIÉS PAR
L'ACADÉMIE ROYALE DES SCIENCES, DES LETTRES ET DES BEAUX-ARTS DE BELGIQUE.
es
TOME XXXIX.
BRUXELLES,
F. HAYEZ, INPRIMEUR DE L'ACADÉMIE ROYALE.
1879
TABLE
DES
MÉMOIRES CONTENUS DANS LE TOME XXXIN.
CLASSE DES SCIENCES.
4. Aréographie ou étude comparative des observations faites sur l'aspect physique de la planète Mars depuis Fontana (1636) jusqu’à nos jours (1875); par M. F. Terbv.
CLASSE DES LETTRES.
——
2. Les pagi de la Belgique et leurs subdivisions pendant le moyen âge; par M. Charles Piot.
CLASSE DES REAUX-ARTS.
3. Histoire de l'influence italienne sur l'architecture dans les Pays-Bas; par A. Schoy.
(Mémoire couronné).
LES
PAGI DE LA BELGIQUE
ET LEURS SUBDIVISIONS
PENDANT LE MOYEN AGE;
PAR
M. CHARLES PIOT,
ARCHIVISTE ADJOINT DU ROYAUME.
_—
« Ce serait en vain qu’on voudrait écrire l’histoire sans » avoir une connaissance exacte de la geographie. »
(Lancuer oc Fassnor, Méthode pour étudier l’histoire.)
Mémoire couronné par l'Académie royale de Belgique, le 8 mai 1871.)
Tous XXXIX. | |
D Google
INTRODUCTION.
Un fait important au point de vue des études géographiques du haut moyen âge a été établi dès le XVII: siècle. C’est l'assimilation des circon- scriptions ecclésiastiques aux divisions géographiques admises dans l’ordre civil. Les pères Bucherius et Wiltheim, deux de nos compatriotes les plus savants du XVII: siècle, l'avaient déjà signalé ?. Lamæus, Kremer, Crol- lius, l’auteur de la chronique de Gottwich et plus récemment Guérard *, Desnoyers +, Jacobs © et Thudichum $ développèrent ce système de compa- raison et le mirent parfois en pratique.
Si cette similitude est en quelque sorte passée aujourd'hui à l’état d’axiome, nous devons cependant reproduire, dans le but d'en faire comprendre la portée, certains points signalés par les auteurs. Selon leur manière de voir, les limites des cités romaines et parfois des grands pagt seraient conformes à celles des diocèses ecclésiastiques. Les grands pagi seraient divisés en pag moyens et en petits pagt ou en vicairies, puis en bénéfices. Aux grands pagi
1 Luciliburgum Romanum, liv. Il, chap. I.
? Pagi Craichoviae descriptio, par Lamæus.
3 Essai sur le système des divisions territoriales de la Gaule, p. 77.
* Topographie ecclésiastique de la France, dans l’ANNUAIRE HISTORIQUE, 4855, p. 117.
$ Géographie historique de la France.
6 Die Gau- und Markverfassung in Deutschland, p. 81; Raimem, Discours prononcé à la cour d'appel de Liège en 1852, p. 6.
nl INTRODUCTION.
et souvent aux pagi moyens correspondraient les archidiaconés anciens , €l aux vicairies les doyennés !.
Tous ces principes sont relativement vrais, incontestables. Néanmoins il serait téméraire de les affirmer en toutes circonstances, et d’en tirer des con- clusions par trop rigoureuses. À notre avis, il est impossible d'admettre, comme l'ont fait plusieurs auteurs, que l’esprit conservateur de l'Église n'ait pas permis des changements dans les divisions territoriales. Si des nécessités politiques, si des convenances de nationalités l'ont entrainée à admettre, dès les premiers temps de son existence, les divisions géographiques de l’ordre civil, elles l'ont parfois forcée à suivre les changements subséquents. Le con- cile de Chalcédoine, tenu en 451, dit catégoriquement (canon 17): « Si vero » quaelibet civitas per auctoritatem imperialem renovata est, aut si renovelur » in posterum, civilibus et publicis ordinationibus etiam ecclesiarum paro- » chianarum sequatur ordinatio ?. » Nous admettons volontiers et jusqu'à un certain point que les limites des diocèses n’ont pas changé. À nos yeux, la géographie ecclésiastique est un des auxiliaires les plus puissants pour l'étude de la géographie civile du haut moyen âge. Elle est un véritable guide, dont il n’est pas permis de s’écarter, à moins de preuve positivement contraire. Mais nous ne pensons pas que partout les limites des diocèses correspondaient d'une manière absolue aux démarcations des populations anciennes. Cette différence se manifeste surtout en Belgique, où les émigra- tions, les invasions étrangères et les déplacements des peuplades étaient très-fréquents. Nous citerons à ce sujet le pagus de Ryen qui, malgré sa dépendance du grand pagus de la Toxandrie, appartenait à l'évêché de Cambrai, tandis que le reste de cette division territoriale faisait partie du diocèse de Liége. Celui-ci comprenait la plus grande partie du pays des Toxandres, le territoire occupé par les Tongrois, qui avaient remplacé les
1 Binrerim et Moonen, Die alte und neue Erzdiüzese Küln, 1. L, p. 57. Ces auteurs ajoutent, en ce qui concernc le diocèse de Liége : « In der Lütticher Diôcese, wo die Archidiokonate » kleiner, als die Kôlnischen und die alten Gaue Verhältnissmässig grôsser sind, kommen diese » mit jenen, und nicht mit den Dekanalbezirken uberein. »
4 Ce concile n’a pas été reconnu, il est vrai, par Rome quant à la partie disciplinaire, mais il n'établit pas moins une pratique admise par l'Église.
INTRODUCTION. 111
Éburons, une partie des Ardennes et les pays des Condruses, de la Famenne et de Lomme. Ce pagus de Lomme, soumis à l'évêché de Liége, comprenait une partie de la Nervie, et cependant le restant du territoire nervien passa au diocèse de Cambrai. Si les divisions territoriales de l'Église avaient suivi rigoureusement les limites de ces peuplades, celles-ci n'auraient pas été réparties entre des diocèses différents. Le pays des Ménapiens, par exemple, appartenait aux trois évêchés de Térouane, de Tournai et d'Utrecht. La civitas de Cambrai, située dans la Belgica secunda, ne correspondait pas entièrement à l'évêché de Cambrai, dont le territoire s’étendait sur une partie de la Toxandrie et par conséquent sur la civitas Tungrorum.
Ces faits, nous ne l'ignorons pas, sont en opposition formelle avec la doc- trine enseignée par Van Schelstrate dans son ouvrage si remarquable intitulé Antiquitates Ecclesie *. Les règles que le savant anversois y indique d’après les documents sont sans doute fort exactes, mais il y a des exceptions, il y a des faits contradictoires qui ne sont pas moins acquis et incontestables. Le nombre des doyennés a plusieurs fois varié dans l’évéché de Nantes du Xe au XVII: siècle ?. À Tournai les archidiaconés et doyennés subirent éga- lement des changements, spécialement en 1572 5. Dans le diocèse de Cam- brai l’évêque créa, en 1277, un sixième archidiaconé, dit de Bruxelles , et le forma au moyen du doyenné de ce nom et de ceux de Pamel et d’Alost, qui furent soustraits à l'archidiaconé du Brabant #. Les archidiaconés du Hainaut et du Brabant sont, dans le diocèse de Liége, d’une création plus moderne que ceux du Condroz, de la Hesbaye, des Ardennes et de la Famenne. Termonde, compris primitivement dans le diocèse de Cambrai, fut incorporé plus lard dans l'évêché de Tournai. Il en est de même de Herent, paroisse du diocèse de Liége, qui passa pendant le XVI: siècle à celui de Malines. Ce sont ces changements divers qui rendent l'étude de la géogra- phie de la Belgique pendant le haut moyen âge si difficile et si peu attrayante.
! Tome IT, p. 258.
? Cartuluire de l’abbaye de Redon. Prolég., p. cxvin. 5 Analectes ecclésiastiques, t. 1, p. 505.
# Duvivier, Le Huinaut ancien, p. 54.
IV INTRODUCTION.
Les déplacements et les invasions continuelles des peuplades germaines y ont nécessité des changements successifs dans les circonscriptions territoriales ; les transformations des bénéfices en fiefs héréditaires, l'augmentation de la population n'ont pas moins contribué à compliquer la géographie admise par les ecclésiastiques , et ont souvent forcé les évêques à s’écarter des anciennes divisions territoriales.
Un point nous semble bien acquis à la science , c’est l'identité des limites des archidiaconés anciens et de celles des pagi moyens, pourvu qu'ils en portent le nom. La raison en est facile à comprendre. Les archidiaconés sont en général de création plus moderne que les diocèses. S'ils sont établis pen- dant la période de l’hérédité des fiefs , leurs limites ne pouvaient plus corres- pondre à celles des pagi. Il y a même lieu de croire, lorsque les archidia- conés ne portent pas le nom d’un pagus, qu'ils sont de création très-récente. Leurs circonscriptions ne peuvent donc correspondre à celles d'aucun pagus, ni grand, ni moyen. Ainsi l’archidiaconé de Bruxelles, qui n’était point appelé pagus, date seulement de 1277. L'archidiaconé nouveau de Flandre, dans le diocèse de Tournai, fut créé en 1572, et le pagus flandrensis n’a pas servi à ses limites. Ceux du Brabant et du Hainaut dans le diocèse de Liége n'ont rien de commun avec les pagi de ces noms; toutefois certains doyennés belges correspondaient aux pelits pagt, ou vicairies. Cette identité se mani- feste souvent dans les diocèses de Tournai et de Cambrai, plus rarement dans celui de Liége, et là seulement où les anciens archidiaconés ont été conservés ; dans les archidiaconés liégeois du Brabant et du Hainaut, créés plus tard, il y a des différences notables. Il est donc certain que si la géogra- phie ecclésiastique peut élucider les questions relatives à la géographie civile, il faut l'invoquer tant qu’il n'y a pas de preuves contraires. En géographie, comme en histoire, les règles générales ne doivent pas toujours être acceptées aveuglément. Jamais elles ne sont absolues ; il faut constamment savoir distinguer et le faire à propos.
Sous la domination des Romains, qui avaient admis en partie les divisions déjà existantes, le territoire des Gaules était partagé en provinces, civitates ou cités, embrassant généralement l'étendue entière du pays habité par un
INTRODUCTION. y
‘ peuple et les peuplades qui en dépendaient. Chaque citée était partagée en pagi', dans lesquels étaient comprises bien souvent les peuplades secon- daires, si elles avaient assez d'importance pour former des subdivisions sem- blables.
A cette époque le territoire de la Belgique, tel qu'il est aujourd'hui, appartenait à trois provinces romaines, savoir : à la première Belgique (provincia Belgica prima), à la seconde Belgique (provinciu Belgica secunda } et à la seconde Germanie (provincia Germania secunda ).
Chacune de ces provinces renfermait les cités suivantes :
Dans la première Belgique : métropole : Trèves (civiuas Trevirorum ) ; citées : Metz (civitas Mediomatricorum Mettis), Toul (civitas Leucorum Tullo) et Verdun ( civitas Verodunensium ).
Dans la seconde Belgique : métropole : Reiins(civitas Remorum) ; citées : Soissons (civitas Suessionum), Chälons-sur-Marne (civitas Catellaunorum), Vermand ( civitas Veromanduorum ), Arras (civitas Atrabatum), Cambrai (civitas Cameracensium), Tournai (civitas Turnacensium), Senlis (civitas Silvanectum), Beauvais (civitas Bellovacorum), Amiens (civitas Ambianen- sium), Boulogne (civitus Bononiensium).
Dans la seconde Germanie : métropole : Cologne is Agripinensium), cité : Tongres (civitas Tungrorum )?.
Les cités étaient divisées, nous venons de le dire, en pagi, espèces de cantons ou de districts, au sujet desquels les monuments romains fournis- sent très-peu de renseignements et un seul concernant la Belgique 5. Impos- sible d'indiquer, sous la période romaine, les noms de ces divisions admi- nistratives sises dans notre pays et moins encore leurs circonscriptions.
! César fait, dans ses Commentaires , souvent mention des pag gaulois. Il en est de même de Tacite dans sa Description des mœurs des Germains. Voir, à ce sujet, LAFERRIÈRE, Histoire du droit français, t. Il, p. 22; Scanner, Die Gallier und ihre Verfassung, pp. 10 et 15.
? Extrait de la Voticiu provinciarum et civilatum Galliae, rédigée sous l'empereur Hono- rius (595 à 495).
$ Le pagus du Condroz est cité dans une inscription romaine, trouvée en Angleterre. Voir plus loin la description de ce pagus.
VI INTRODUCTION.
Probablement celles-ci correspondaient aux pagi admis sous la domination des Francs; mais les conquérants de l'Empire ont tellement multiplié le chiffre des pagi, qu'il serait téméraire de considérer, comine entièrement identi- ques, les circonscriptions territoriales des deux époques.
Lorsque les Francs se furent rendus maitres des Gaules, ils continuërent plus ou moins l'administration romaine, dont ils finirent cependant par con- fondre tous les pouvoirs, comme les Romains l'avaient déjà commencé eux- mêmes. Les nouveaux hôtes de l'Empire respectèrent aussi plus ou moins les divisions territoriales en usage, pourvu qu'elles ne contrariassent point les exigences politiques de l’époque. En détruisant le pouvoir centralisateur des Romains, ils ne pouvaient plus conserver intégralement les divisions et subdivisions unitaires établies par les anciens conquérants du monde. A Ja suite des morcellements des pays conquis en royaumes différents, il ne leur était plus possible de rester en tous points fidèles aux grandes divisions territoriales, aboutissant à une parfaite centralisation de gouvernement et d'administration. La décentralisation du pouvoir souverain et la confusion des différentes branches d'administration devaient nécessairement amener un mouvement semblable dans la division territoriale .: On remarque déjà des différences notables entre les circonscriptions ecclésiastiques et celles des pagi en examinant l’acte de partage de 870.
Sous la période franque le mot pagus a généralement la signification de cité ou d'une partie de cité. Celle-ci, qui du temps de César et de Tacite indiquait un peuple ou un État, comme on le dirait aujourd’hui, devint uu simple pagus. Par conséquent ces territoires furent, sous les Francs, des cir- conscriplions administratives complétement indépendantes des divisions dynastiques. Elles avaient chacune leur juridiction spéciale, leur administra- lion financière, civile et de police, leur organisation militaire, sans admettre
1 Dés leur arrivée dans les Gaules, les populations germaincs devaient naturellement établir une confusion entre les pagt ct leurs subdivisions, tels que les Romains les comprenaient. Selon le texte de Tacite, leurs pagi correspondaient en quelque sorte aux centaines des Romains, comme l’a trés-bien fait ressortir M. de Sybel dans son livre si remarquable intitulé : Entste- hung des deutschen Kôünigthums, pp. 57 à 59. Les Germains connaissaient seulement les pagi ct les vict. Toute autre subdivision leur était inconnue.
INTRODUCTION. vH
aucune distinction entre ces différentes branches. Les habitants libres du pagus se réunissaient trois fois, et plus tard deux fois par an dans des assem- blées générales !, |
Les pagi avaient des subdivisions appelées également pagi; de sorte que les écrivains modernes furent obligés d'établir des degrés entre ces circon- scriptions afin d'indiquer leurs ressorts ?, Rarement il est fait mention dans les documents du pagellus, et en Belgique nous l'avons vu employé une seule fois dans un diplôme de Charlemagne à propos du pagus de Liége. Dans les écrits du moyen âge, le pagus fût-il moyen ou petit, s’il avait le même nom de la grande division à laquelle il ressortissait , il en prit la dénomination, sans aucune distinction. |
Souvent les écrivains du moyen âge employaient en Belgiqne le nom de finis ou de comté (comitatus) au lieu de pagus 5. Finis indiquant une cir- conscription, il est facile de comprendre la synonymie que les écrivains ont voulu établir entre les deux dénominations. Comme les pagi étaient soumis à la juridiction d'un comte réunissant en sa personne l'administration judi- ciaire , financière et même militaire, il était très-naturel d'indiquer le terri- toire soumis à leur pouvoir par le titre de comté. Celui-ci était divisé en cen- taines el en vicairies, petits cantons placés sous la juridiction de juges inférieurs , nommés vicari et centenarüi. Dans la loi des Allemands, Dago- bert établit parfaitement cette distinction en 630 : « Conventus secundum
1 Voir à ce sujet : CLuvenius, Antiquitates German., p. 91; Weiske, Die Grondlugen der fruheren Verfussung Deutschlands, p. 66; Wairz, Deutsche Ferfussungeschichte, t., p.445; Water, Deutsche Rechisgeschichte, $ 102; Eicaonn, Deutsche Slaats-und Rechtsgeschichte, S$ 14, 74, 85; GuEnanD, Essai sur le système des divisions territoriales des Gaules, pp. 72 el suiv.; Grima, Deutsche Rechtsalierthumer, pp. 732 et suiv., cte.; Rairew, Discours prononcés à la cour d’appel de Liége en 1851, pp.7 et suiv., en 1852, pp. 6 et 7, en 1854, p. 17; DeLocue, Études sur la géographie de lu Gaule, t. IV, 2° sér., p. 153 des MÉm. DE L'ACAD. DES iNsCRIP- TIONS ; Locxon, Études sur les pagi de la Gaule.
2? Ces degrés ont été établis sans doute d’après les classes des comtes : il y avait des comites fortiores, mediocres et minores (BaLuze, t. 1, p. 200). |
3 Le mot comilalus avait aussi différentes significations : tantôt il signifie pagus, tantôt juridiction, dignité du comte, territoire ct juridiction d'une ville; enfin, pendant la période féodale, il indique une seigneurie. Voir DeLocue, Études sur là géographie de la Gaule, t. IV, 2° sér., p. 155 des MÉN. PRÉSENTÉS PAR LES SAVANTS A L'ACADÉMIE DES INSCRIPTIONS.
Tome XXXIX. 2
vil | INTRODUCTION.
» consuetudinem antiquam fiat in omni centena, coram comile aut suo misso » el coram centenario. Ipsum placitum fiat de sabbato in sabbatum aut » qualidie comes aut centenarius volueril; a septem in septem noctes, quando » pax parva est in provineia !.» Dans le capitulaire de 810, le souverain établit leur juridiction : « Ut ante vicarium et centenarium de proprietate » aut libertate judicium non terminatur aut adquiratur, nisi semper in præ- » sentia comilum ?. »
La centaine était une agréation de cent personnes ou chefs de famille qui, en temps de guerre, formaient une compagnie commandée par un officier particulier ou centurion. En temps de paix, ils formaient une agglomération, ou plutôt une association présidée par un comte ou son lieutenant ou par le centenier. Primitivement mobile et variable, la centaine forma plus tard une véritable division du pagus, lorsque les Francs adoptèrent la propriété territoriale.
La vicairie était également une division du pagus ou du comté administrée par un officier dépendant du comte et qui exerçait sa juridiction sur plu- sieurs villages, vici en latin, vics en wallon, wijken en flamand. Parfois les vicairies ou peut-être les centaines prenaient en Belgique le titre de districtum, qui semble indiquer une simple circonscription judiciaire, par exemple les districts d’Aix-la-Chapelle et de Theux. Malgré les différences qui existaient entre ces divisions territoriales, nous en trouvons à peine une mention dans les documents relatifs à la Belgique. La vicairie y prit bientôt le titre de pagus, nous le verrons plus loin; la centaine y est à peine indiquée deux fois. En thèse générale il n'est pas possible, sauf dans un ou deux cas à propos de Tournai et de Bavai, de fixer les limites des vicairies, et jamais nous ne sommes parvenu à déterminer une centaine.
Si primilivement il y eut, chez les Francs, une hiérarchie dans les divi- sions territoriales, elle aura disparu très-tôt spécialement sous le règne des Carlovingiens. C'était à qui s'arrogerait la plus grande somme de pouvoir mili- taire et judiciaire , d'administration financière et de police. Chaque préposé à
* Taunicaus, Die Gau- und Markrerfassung, p. 90; Deuocue, L. c., p. 268. ? Eicuorn, Deutsche Slaats- und Rechtsgeschichte, t. 1, p. 429.
INTRODUCTION. IX
la direction d'un pagus, grand, moyen ou petit, ou même d’une simple vicai- rie, tâchait de se rendre complétement indépendant. Le pays soumis à son administration devint un pagus, sans autre qualification, conséquence nécessaire du capitulaire de 877. De petites subdivisions, des pagelli, des vicairies portèrent même le titre de pagus ‘. Les cités devaient ainsi néces- sairement disparaître quant au civil. Elles devinrent de simples pagi, dont les Francs augmentèrent considérablement le nombre par suite de la confu- sion qu'ils établirent dans la hiérarchie de la division territoriale. Ils en appliquèrent la qualification, et spécialement en Belgique, à des vicairies, à des cités, à des bourgades, à des paroisses, à des fractions de cités, à des provinces, à des royaumes *. Ainsi le pays des Ardennes devint un pagus ardennensis, la civitas Menapiorum fut nommée le pagus Menapiorum ; les environs d'Ysendyk furent qualifiés de pagus Gasterna, Oostbourg recut aussi le nom de pagus. Les environs de Diest obtinrent le même honneur. Les vicairies de Bavai et de Tournai devinrent les pagi bavacensis et tor- nacensis. |
Ces confusions ont donné lieu à des difficultés si nombreuses, que l'on s’est demandé si le pagus constiluait, chez les Francs, une circonscription bien déterminée. Rien n’est plus certain. J. Grimm l'avait déjà démontré d'une manière évidente 3 et Thudichum a consacré à la démonstration de - celle thèse une partie de son second livre des pags *. Ce que ces écrivains en ont dit nous dispense d'entrer dans plus de détails à ce sujet. Nous ferons seulement observer que ces circonscriptions sont les conséquences nécessaires
! Voir à ce sujet : Wairz, Deutsche Verfussungsgeschichte, t. IE, p. 290. Par suite de ces confusions nous nous sommes dispensé de suivre les anciennes circonscriptions des crvilates en ce qui concerne la description des grands pagi. Ainsi les pagi du Hainaut et du Brabant n'avaient rien de commun, malgré leur dépendance de la civitas camerucensis.
2 Voir Sräiin, Wirtembergische Geschichte; Lanpau, Die Terrilorien in Bezug auf ihre Bildung ; Jacons, Géographie historique de lu France; Tuunicuuw, Die Gau- und Markver- fassung, pp. 10 et suivantes.
5 Grenzalterthümer, p. 411 dans les MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE DE BERLIN, 4845.
& Gau-und Markver/fassung. M. Wauters vient de publier dans les Bulletins de l’Académie royale de Belgique, t. XXVHX, p. 254, un article très-concis sur cette question. Un triens mérovingien, au licu du nom de l’atelier monétaire, porte : ex pago Remis.
x INTRODUCTION.
de la tendance à rendre les lois territoriales , tendance qui se manifeste par- ticulièrement dans l'édit de Pistes de 864.
Par suite de la suppression des dénominations de la hiérarchie adminis- trative, il y eut nécessité d'indiquer dans les actes les différents pagi aux- quels ressortissait une localité. Le manque de précision des indications donna lieu à mainle et mainte méprise. C'est ainsi que des auteurs n'ont pu com- prendre comment un pagus, sans qualification de degré, devenait la subdi- vision d’un autre, et comment une localité était désignée dans des actes différents comme appartenant à deux et même à trois pagi. Comment une localité située dans un pagus bien déterminé était indiquée par le même acte dans un pagus d'un nom différent. Ce qui les embarrassait surtout, ce fut le mot seu qui accompagne souvent les dénominations des subdivisions des pagi. Ils n'y voyaient pas une conjonction simple, mais une conjonction alternative.
Si l'on ne s'arrête à ces différents points, il est impossible de saisir, par exemple, le sens d'un acte de l'an 815 indiquant le monastère du Mont Blandin à Gand, dans le pagus de Tournai ‘, tandis que la chronique de cette abbaye le place dans le pagus de Gand ?, et un autre acte de 988 dans le pagus cortracensis 5. Tous ces documents disent vrai. Dans la charte de 815 les mots : pagus tornacencis indiquent le mont Blandin dans le pagus de Tournai, qui comprenait celui de Gand. Dans la chronique les mots : 2x pago gandenst font comprendre que l’abbaye était située dans cette circonscription, dépendant des pagus de Tournai. Lorsque l'acte de 988 cite le monastère de Saint-Pierre dans le pagus de Courtrai, il dit encore vrai, puis- que le Mont Blandin, situé dans l’angle formé par la Lys et l’Escaut, dépen- dait du pagus de Courtrai, lequel pagus était une subdivision de celui de Tournai. Fauquemont et Epen sont indiqués, par un acte de 14075 , dans le comté d’Aix-la-Chapelle, et, par un acte de 1041, dans le pagus de Liége.
1 VanDe Pure, Chronique de Saint-Pierre, p. 69; Van Loxenen, Cartuluire de Saint-Pierre, t. 1, p. 45. En reproduisant cet acte, Miræus (t. 1, p. 151) imprime : in pago gandensi.
2 VanDE PUTTE, /. c., p. 153.
3 Van Lowerenx, /. c., p. 57.
INTRODUCTION. XI
Pourquoi? Parce qu’Aix-la-Chapelle ressortissait au pagus de Liége, qui lui- même dépendait de celui de la Hesbaye. C'est absolument comme si l’on désignait aujourd’hui une localité par les noms de la province, de l'arron- dissement et du canton auxquels elle ressortit, en remplaçant ces qualifica- tions par les mots : division ou pagus. On s'explique ainsi la position géogra- phique qu'assigne un acte de 1037 au village de Boeseghem, département du Nord, canton de Hazebroeck !. Cette charte dit que Boeseghem est situé dans le Mempise, tandis qu’un acte de 982 l'indique dans le pagus tarua- nensis ?, Îlen est du même de Crombeke , Merkeghem et Strazeele, localités indiquées , dans les actes de 875 et 867, èn pago taruanensi intra ou infra Mempiscum 5. Boeseghem, Crombeke , Merkeghem et Strazeele étaient en effet placés dans le Mempisc, mais dans la partie de ce pagus soumise à l'évêché de Térouane. Celui-ci représentait en partie le grand pagus tarua- nensis depuis la disparition de la civitas Morinorum. Le cartulaire de Saint- Bertin renferme une charte, dont le passage suivant serait tout aussi peu intelligible sans cette explication : « Ego Rigobertus.….. tradidi... hoc est omnes » villas meas nuncupantes Sethtiaco , super fluvium Agniona, cum adjacen- » tiis suis Kelmias et Strato; et infra Mempisco, Leodringas mansiones, seu » Belrinio, super fluvio Quantia, sitas in pago Taruanense... (4). » Ledin- ghem était, en effet, compris dans la partie du Mempisc soumise au diocèse de Térouane. Dans cet évéché la partie du territoire sise à droite de l’A n’a jamais été comprise dans le pagus laruanensis. Cependant plusieurs loca- lités situées dans celte partie ont été indiquées dans ce pagus. Il faut donc admettre, bon gré, mal gré, que le mot pagus pouvait, dans certains cas, désigner une civilas et par conséquent le diocèse, qui l'a remplacé .
1 Van LOokEREn, L. c., p.84. Cet auteur croit qu’il s’agit ici de Boesinghe, près d'Ypres. Bus- sighem super fl. Mello indique positivement la commune française de Bocseghem, qui est située sur la Melle.
2 Van LokerEn, /. c., p. 54.
8 GuéranD, Cartulaire de Saint-Bertin, pp. 110, 147.
# GuéranD, d. c., p. 49; Marsnaxco, De Morinis, t. 1, p. 570. Dans cet ouvrage l’auteur traduit Leodringas par Lederzecle. Voir aussi Brequineny et Du Tueiz, Diplomata, t.1, p. 442.
$ Voir à ce sujct une note dans la Bibliothèque de l’école des chartes, 2° sér., t. IT, p. 62. L'auteur y reconnait aussi que le pagus indique parfois un diocèse.
XII INTRODUCTION.
Nous insistons particulièrement sur celte interprétation, qui explique maint et maint acte, dont le sens serait difficile à saisir.
On a soutenu aussi que l'organisation du pagus est l’œuvre de Charle- magne. Nous n'avons trouvé nulle part, ni dans l’histoire, ni dans les docu- ments, un seul fait qui permette d'admettre cette opinion. Nous voyons, au contraire, par les actes et chez les historiens que les pag étaient très-bien organisés longtemps avant le règne de Charlemagne. Ce qui appartient à ce prince, ce sont les assemblées des habitants des grands pagi convoquées trois fois par an. Voilà la seule disposition législative que lhistoire puisse lui attribuer positivement en ce qui concerne l'organisation des pagi 1.
Disons un mot de la méthode que nous avons adoptée, et des ouvrages dont nous avons particulièrement tiré parti.
Le terrain que nous explorons n’est pas vierge. Plusieurs écrivains indi- gènes et étrangers l'ont parcouru avant nous. Voici d'après l’ordre chronolo- gique les ouvrages qui ont été publiés ex professo sur celte matière :
Jacos MEvEr, Flandricarum rerum tomi X (Bruges, 1531, in-4°). L'au- teur y donne quelques aperçus superficiels des pagi de la Flandre, de la Ménapie , des Morins, de Tournai, etc.
Vrenius, Flandria vetus sive ethnica, dans le tome Ie de ses œuvres complètes (Bruges, 1650, in-fol.), s’est occupé spécialement du pagus de la Flandre. Ce travail renferme des données incomplètes , savantes sans doute, mais peu sûres.
Haprianus VaLesius, Notitia Galliarum (Paris, 1675 , in-fol.), a traité de plusieurs pagr situés en Belgique, sans toutefois s'occuper des délimitations de ces circonscriptions territoriales. Malgré le peu de renseignements que l'on trouve, sous ce rapport, dans la Notitia Galliarum, ce précieux recueil est toujours consulté avec fruit. C’est un modèle d’érudition et d’exactitude.
CH.-F. PauLLINUS, s'étant occupé dans sa Geographia curiosa seu de pagis,
1 Voir à ce sujet : Weiske, Die Grundlagen der früheren Verfassung Deutschlands, p.66; Wairz, Deutsche Verfassungsgeschichte, 1. 11, p. 445; Wazter, Deutsche Rechtsgeschichte, 1" édic., p.102; Tuunicuum, L. c., p. 90.
INTRODUCTION. XII
des pagi de l'Allemagne, a traité aussi de ceux de la Belgique et même du nord de la France. Souvent il se borne à donner de simples nomenclatures des noms des pagi lorsque les éléments lui manquaient ou lorsqu'il n'a pu mettre à profit le travail de Valesius. Parfois il indique simplement quelques localités du pagus, parfois il fait des observations qui ne sont pas dénuées d'une certaine critique. En ce qui concerne les pagi de la Belgique, il a con- sulté les diplômes et les chartes publiés par Miræus, Mabillon, et dans les Vies des Saints. Il confond souvent la géographie du haut moyen âge et celle des temps plus rapprochés. Ainsi, pour lui, le duché de Brabant et le pagus brabantensis sont le même pays. L'œuvre de Paullinus fut publiée à Franc- fort-sur-le-Mein en 1699, in-4°.
DE MARNE, Histoire du comté de Namur, édition de Paquot. Le comté de Lomme a élé uniquement l'objet de ses consciencieuses recherches, et la critique historique forme la base de son travail.
L'œuvre de Juncker, Anleitung zu der Geographie der millern Zeiten (Jena 4712, in-4°) renferme sans doute de précieux renseignements sur la géo- graphie ancienne de l'Allemagne : néanmoins la partie du moyen âge, calquée sur le livre de Paullinus, n'est pas si complète que celui-ci. En ce qui concerne la Belgique , nous n’en avons pas pu tirer un grand parti. Ainsi il répète toutes les erreurs émises par Paullinus au sujet du pagus de Lomme.
BesseLius, en publiant le Chronicon gotwicense (in-fol., 1752), a inséré au livre IV une dissertation au sujet des pagt de la Germanie. Elle est faite sur le même plan que celui de la Noticia Galliarum de Valesius. L'auteur a mis à contribution cet écrit et ceux de Paullinus et de Junker, ainsi que les ouvrages de diplomatique. Plusieurs de ses observations critiques sont par- faitement justifiées.
CrozLius, dans ses Observationes geographicae, s'est beaucoup occupé des Ardennes et des subdivisions de ce pagus. Il y a mis de la critique, recherché les noms des localités qui faisaient partie des pagi, et élablit des comparaisons entre la géographie civile et la géographie ecclésiastique. Le défaut de ren- seignements au sujet de la géographie du diocèse de Liége ne lui a pas permis de résoudre la plupart des questions. Ce travail est publié à la page 187 du
XIV INTRODUCTION.
tome V de l'Historia et commentationes academiae Theodoro-Palatinae, 1773, in-4°. Ù
WASTELAIN, Description de la Gaule belgique, 2° édition, Bruxelles, 1788, in-8°, ouvrage renfermant un grand nombre d'observations bien établies au sujet des pagi. Il sert en quelque sorte de point de départ aux études de la géographie en Belgique, pendant le moyen âge. Sans avoir connu tous les éléments dont nous disposons aujourd’hui, il a parfois fait preuve d'une saga- cité remarquable.
Des Rocxes , Mémoire sur la question : Quels ont été depuis le commen- cement du VIF siècle jusqu'au LX° siècle exclusivement les limites des diffé- rentes contrées, cantons , pays, comités et états renfermés dans l'étendue qui compose aujourd'hur les dix-sept provinces des Pays-Bas et la principauté de Liége? dans les MÉMOIRES DE L'ACADÉMIE ROYALE DE BRUXELLES (Bruxelles, 1771, in-4°). C'est en grande partie la reproduction du travail de Wastelain, en ce qui concerne les pagi.
ImserT, Responsio ad questionem : Componatur geographia pagorum illo- rum velusla regionum , quae inter Scaldis et Mosae flumina sitae fuere, etc. ? dans les ANNALES DE L'UNIVERSITÉ DE Louvain, 1817 à 1819 (Bruxelles, 41821, in-4°). L'auteur a mis en grande partie à contribution la chronique de Gottwich, Adrien de Valois, Wastelain et Des Roches. Quant à la méthode, il a suivi celle de son professeur F.-J. Dumbeck , qui avait publié, à Berlin, en 4847, un travail intitulé : Geograpluia pagorum aliquot cisrhenanorum, et traitant des pagi silués au delà du Rhin. Get ouvrage de Dumbeck, conçu sur le plan de ceux de Juncker et de Paullinus, ne nous a été d'aucune utilité.
RAEPSAET, Précis topographique de l'ancienne Belgique ; tome IT, de ses œuvres complètes (Gand, 1838, in-8°). Dans ce travail Raepsaet a fait preuve d'une grande érudilion et d’une certaine perspicacité ; sa critique n'est pas toujours bien fondée.
CouTE DE ByLanDT, Commentalio ad quaestionem qua postulatur de- scriplio historico-geographica comitatus Flandriae, quo tempore Margaretha Ludovici Maclant filia, Philippo audaci Burgundiae ducr nupsit, in-4°; 1824 à 1825. Amené à examiner la géographie ancienne de la Flandre, de
INTRODUCTION. | …
Bylandt a parlé des pagt compris dans ce comté. Il a presque constamment suivi les opinions de Wastelain, de Des Roches et de Raepsaet, tout en déniant parfois leur plus ou moins de crédibilité.
WaRNKOENIG et GÉRARD , Histoire des Carolingiens (Bruxelles, 1862, in-8°). Au tome I], page 90, ces auteurs ont fait des pagi une description , dans laquelle ils se sont bornés à reproduire les opinions de leurs devanciers , sans en faire l'examen.
CH. Duvivier, Recherches sur le Hainaut ancien (Bruxelles, 1865, 2 volumes in-8°), travail plein de recherches, parfaitement raisonné et solide au point de vue de la critique historique.
CH. Pior, Le pagus de Ryen, dans les ANNALES DE LA SOCIÉTÉ d’ÉMuLA- TION DE BRUGES; 1869 , in-8°. Nous avons basé nos recherches exclusive- ment sur les documents.
À. DE VLAmiNcKk, Opkomst des lands van Dendermonde , dans les ANNALES DU CERCLE ARCHÉOLOGIQUE DE TERMONDE , 2° série, tome [°", pages 56 et sui- vantes. M. De Vilaminck y a développé d'excellentes vues au sujet du pays de Waes et du pagus de Brabant. Il a eu constamment recours aux docu- ments, dont il a fait un usage très-judicieux.
Tous ces ouvrages, sauf ceux de De Marne, de Raepsaet et les trois derniers, ont été faits à peu près sur le même plan. Au lieu de rechercher les localités qui formaient le pagus, la plupart de ces écrivains ont commencé d'abord par le composer d’une manière approximative et par conséquent arbitraire. Ensuite ils ont recherché les localités comprises dans cette cir- conscription, peu importe si les documents indiquent ou non les pagr dans lesquels elles sont situées.
Nous avons procédé autrement. Après avoir recherché les noms des localités, nous en avons tracé des tableaux, lorsque les pagt dont elles fai- saient partie sont indiqués dans les documents. En même temps nous avons mis ces endroits en rapport avec la géographie ecclésiastique. De cette manière nous sommes parvenu à rétablir en quelque sorte, point par point, toutes les divisions et subdivisions des pagi. Lorsqu'une même localité est citée dans deux ou trois pagi différents, nous avons indiqué ces variantes
Tone XXXIX. 3
XVI INTRODUCTION.
en note. Le plus grand soin a élé pris en ce qui concerne la citation des sources auxquelles nous avons eu recours et l'indication des millésimes des actes !, Dans le but de ne pas abuser de la publication des documents iné- dits, nous avons fait connaitre les dépôts dans lesquels reposent ceux dont nous faisons usage.
Nous avons cru inutile aussi de réimprimer les pouillés des diocèses. Celui de l'évêché de Liége a élé inséré dans les Analectes ecclésiastiques, par MM. De Ridder, Kuyl et Reusens, tomes Ie, IT et III ? ; celui du diocèse de Cambrai, dans Le Glay, Cameracum christianum , et en partie, mais d’une manière plus correcte, dans Duvivier, Le Hainaut ancien (p. 218). Le tome XII, pages 338 et suivantes, des Annales de Hainaut, par Jacques de Guyse , renferme une liste des paroisses du comté du Hainaut, distribuées par doyennés. Le pouillé de Tournai est imprimé dans les Annales de la Société d'Émulution de Bruges (3° série, tome V ); celui de Trèves, dans Beyer, Urkundenbuch, Introduction (tome IE, page cxLv), sans indication de la date. Crollius, dans ses Observaliones , avait déjà fait connaitre la composition de quelques doyennés de ce diocèse : ceux d'Ivoix (p. 229), de Juvigny (p.234), de Longuion (p. 240), d’Arlon (p. 243), de Remich (p. 269), et de Mersch (p. 264). Ces listes étant très-incomplètes, nous avons consulté en outre Îles dénombrements faits, en 1766, par doyennés, de la population de la province de Luxembourg, qui dépendait du diocèse de Trèves 5. Quant à l’archevéché de Cologne, nous avons eu recours à la publication de Binterim et Mooren : Die alle und neue Erzdiôzese Kôln : Mayence, 1825, in-8°.
Afin de ne pas trop allonger notre travail, nous avons évité autant que
! Lorsque les millésimes des actes ou des écrits ne sont pas connus, nous les avons passés sous silence.
2 Une charte de 1159 (Piotr, Curtulaire de Saint-Trond, p. SO) fait connaitre les localités des dovennés de Saint-Trond, de Léau et de Jodoigne. Une bulle d’Innocent If de la même année (Ynæus, t IV, p.170) indique celles des doyennés de Graide et de Rochefort. Un écrit d'un religieux de l’abbaye de Lobbes (Comptes rendus des séances de la Commission royale d'histoire, 2° sûr. t. VIII, p. 521) indique les paroisses des doyennés de Fleurus et de Thuin. Celui-ci fut appelé plus tard de Walcourt. |
3 Nous donnons dans la table bibliographique des renseignements au sujet de cette collec- tion.
INTRODUCTION. XVII
possible les digressions à propos des noms nouveaux et anciens des localités, sinon il aurait fallu écrire des volumes et non un mémoire. Lorsqu'il n’y a pas divergence d'opinions au sujet des noms des lieux et lorsque nous sommes d'accord avec les auteurs, nous avons indiqué simplement les dénominations nouvelles à côté des anciennes. Dans le cas contraire, nous avons consigné nos observations en note ou dans le texte lorsque la situation de la localité détermine les limites d’un pagus. En général, si les auteurs ont émis des avis différents à propos de la désignation d'un endroit, nous nous sommes borné à y renvoyer et à admettre l'opinion la mieux justifiée, sans repro- duire les arguments de l'écrivain dont nous adoptons la manière de voir. Des répétitions semblables nous paraissent inutiles. Le texte a été réservé autant que possible et pour ainsi dire exclusivement aux observations criti- ques concernant les limites des pag.
En ce qui concerne les traductions des noms anciens des localités, nous avons fait usage d'une œuvre très-remarquable, celle de M. Grandgagnage, inti- lulée : Mémoire sur les anciens noms de lieux de la Belgique orientale, dans le tome XXVIe des MÉMOIRES DE L'ACADÈMIE DE BELGIQUE (1854-1855). Nous avons aussi mis à profit les observations consignées à ce sujet dans Île travail de M. Duvivier: Le Hainaut ancien. Un membre de la Société paléontologique de Charleroi (t. Il, p. 85) a voulu rectifier quelques-unes des traductions proposées par M. Duvivier, et expliquer les localités dont cet auteur n'avait pas retrouvé le nom moderne. Ce travail, exclusivement basé sur des ressem- blances de dénominations , n'a pas toujours tenu compte des divisions de la géographie du moyen âge. Nous avons consulté aussi Roderigue, De abbla- libus Malmund. et Stab. Wittenberg, 1726 à 1728, ct le travail de M. De Noue : Sur quelques noms anciens , dans le BULLETIN DE L'INSTITUT ARCHÉOLO- GIQUE DE LiéGE (1. V,p. 291 et t. VI, p. 337). Quant au travail de Le Glay au sujet des Diplomata par Miræus, nous n'en avons pu tirer parti en ce qui concerne l'interprétation des noms des localités. L'auteur ne semble pas avoir eu une idée bien nette de la géographie de la Belgique pendant le moyen âge.
Les sources citées ci-dessus sont sans doute importantes; il en est
XVIII INTRODUCTION.
d’autres qui, sans avoir traité exclusivement de la géographie de la Belgique pendant le haut moyen âge , n'en sont pas moins utiles. Telles sont : les Acta sanctorum ; travail immense, dans lequel les faits et la saine critique jettent un grand jour sur la question de la géographie ancienne du pays ; les publi- cations de Chapeauville, de Miræus, de Mabillon, de Lacomblet, de Byer, de Wauters, de De Smet, du baron Kervyn de Lettenhove, de Vande Putte, de Van Lokeren, d’Ackersdyck, d'Acker Stratingh et de Vanden Bergh. Les trois derniers auteurs ont traité de la géographie ancienne des
provinces septentrionales des Pays-Bas, et incidemment des provinces méridionales.
LES
PAGI DE LA BELGIQUE
ET LEURS SUBDIVISIONS
PENDANT LE MOYEN AGE.
SECTION 1.
LE GRAND PAGUS DE LA MÉNAPIE.
(Mempiscus, pugus Menapiorum.)
Le principe de la coïncidence absolue des limites des évêchés et de celles des populations anciennes engagea plusieurs savants à reculer les frontières du pays des Morins jusqu'à Ypres et Nieuport. À l’appui de leur système ils invoquent les bornes du diocèse de Térouane, qui, s'étendant jusqu'à ces cités, représenteraient les limites du pagus de la Morinie ?. Iei l'erreur est flagrante.
1 WasTELAIN, L. c., t. Il, p. 567; Bucuenius, Belgium romanum, pp. 50, 609; MazBnanco, De Morinis, t. [, p. 8; Statistique archéoloÿique du département du Nord, t. XII, p. 4; RAEPSAET, OEuvres complètes, 1. II, p. 142; Desnoyers, dans l'Annuaire historique de France; 1865, p. 614. La carte des Gaules publiée par le gouvernement français pousse les limites des Morins jusqu’à Bruges. M. Wauters, dans ses Vouvelles études sur la géographie ancienne de
2 LES PAGI DE LA BELGIQUE
La règle générale appliquée d'une manière si absoluc fait exception dans ce vas, comme à propos du pagus de Ryen. Le territoire des Ménapiens était divisé entre trois évêchés ; par conséquent les limites du pagus de ce nom ne pouvaient suivre les démarcations des diocèses de Térouane, de Tournai et d'Utrecht, auxquels il était soumis.
Nous avons la preuve la plus décisive de l’incorporation d’une partie du territoire Ménapien au diocèse de Térouane dans le nom ancien de Cassel. Quoique située dans cet évêché, la ville de ce nom portait celui de Castellum Menapiorum *. La carte romaine, dite de Peutinger, l'indique formellement ainsi. On oppose, il est vrai, à ce document d'une authenticité incontestable l'autorité de Ptolomée, qui semble vouloir placer le Custellum Menapiorum près de la Meuse ?. Afin de concilier le géographe grec et l’auteur de la carte romaine, des écrivains ont proposé d'introduire dans celle-ci un change- ment, et de substituer Morinorum à Menapiorum 5. En présence d’autres documents, ce changement est aussi impossible que d'admettre, comme cer- laine, l’assertion erronée de Ptolomée. La vie de Saint-Bertin, écrite au commencement du X[° siècle, qualifie Cassel de Castellum Menapiorum, locus famosus #, et lorsque Robert, comte de Flandre, fonda en 1085 un chapitre à Cassel , il a soin de dire que cette localité est située dans le pagus mem- piseus 5. Plus tard, en 1115, Jean, évêque de Térouane, dans le but de désigner la situation précise d'Oxclacr près de Cassel, place cet endroit dans le pagus mempiscus $. Boesinghe, Merville, Crombeke, Esquelbeke, Ledrin- ghem, Merckeghem, Poperinghe, Strazeele, Westvletcren, silués dans le
la Belgique, a réfuté victorieusement cet étrange système, qui n’est basé sur aucun fait. Tout démontre précisément le contraire, comme cet écrivain la fait voir de la manière la plus évidente.
1 Voir Scuaves, Les Pays-Bas et la Belgique avant et pendant la domination des Romuins, de édit. t. 1°, p. 402. | |
? Ptolomée ne le dit pas explicitement; mais, par la position qu'il assigne à d'autres localités, il parait vouloir placer le Castellum près de la Meuse.
3 Voir Vacesius, Yoficia Gall., p. 555.
6 Acta SS. Belgit, t. V, p. 654. Le récit des miracles opérés par Saint-Bertin répète à à peu près les mêmes termes, tbid., p. 644.
5 Minæus, Dipl., t. H, p. 1157.
6 GuéranD, Carlulaire de Saint-Bertin, p.251.
ET LEURS SUBDIVISIONS. 3
diocèse de Térouane, sont cependant indiqués par les documents dans le Mempisce !. Les limites de l'évêché de Térouane ne pouvaient donc être celles du pagus Menapiorum, et à plus forte raison, l'ancien diocèse de Tournai ne représentait nullement au midi le pagus mempiscus.
Le comie de Bylandt assigne d’autres limites à ce grand pagus. À son avis il comprenait les petits pagi du Mempisc, de Gand, de Thourout, de Courtrai, de Tournai et le Leticus ?. Quels motifs l'ont engagé à en exclure tous les pagi compris dans le pagus moyen de la Flandre et dont un grand nombre de localités sont néanmoins indiquées par les documents dans le pagus mempiscus? Il n'en allègue aucun ct se contente d’invoquer les opi- nions de ses devanciers.
Examinons à notre tour et au moyen des documents l'étendue du Mem- pisc que Charles le Chauve, dans un diplôme de 847, qualifie de territoriuin Menapiorum quod nunc Mempiscum appellant 3. Qu'il nous soit permis d’in- diquer au préalable la situation du pays des Ménapiens 4.
Lors de son invasion dans le nord des Gaules, César trouva ce peuple sur les rives du Rhin aux houches de ce fleuve *. Refoulés par les Tenchthres et les Usipètes, ils rejoignirent leurs compatriotes, qui habitaient les iles zélandaises, la partie de la province actuelle de la Flandre orientale, sise
1 Vax Lokerex, Carlulaire de Suint-Pierre, p. 8%; Guénano, L. c., pp. #9, 115, 117; Mar- BRANCQ, De Morinis, t. 1°, p. 570; Penrz, Honumenta Germaniae, t. XVI, p. 449. Ces ouvrages reproduisent les actes dans lesquels figurent ces localités, avec indication du pagus mempiscus.
? Comimentatio, p. 37.
5 Don Bouquer, Recueil des hist., 1. IN, p. 48.
# Les prétendues cartes de Flandre de 1274 et 1288 n'ont pu servir à nos recherches. Ces cartes, dont celle de 1274 est gravée dans Smallegange (Cronyk van Zeeland) et dans les Annales de la Société d'Émulation de Bruges, 1° sér., 1. I, sont le résultat d’études qu'un savant du XVII siècle a faites de la partie septentrionale du comté de Flandre. Des exemplaires manuscrits de cescartes sont conservés aux Archives de l'État à Gand. Elles faisaient ancienne- ment partie des archives du monastère de Saint-Pierre. Quiconque a vu des cartes dressées pendant le moyen âge sera convaineu que celles citées ci-dessus sont modernes. Voir encore la carte publiée par Ab Utrecht Dresselhuis dans les Vieuwe werken van het Zeeuwsch Genoot- schap, 1*° dcel, 1° stuk.
5 « Ecunt Mcnapii propinqui Eburonum finibus. » (De bello Gull., liv. VI, chap. V.) « Usiptes » Germani, ctitem Tenchtheri, magna cum multitudine hominum , flumen Rhenum transic- » runt, non longe a mari, quo Rhenus influit. » (Zbid., liv. IV, chap.I V.)
4 LES PAGI DE LA BELGIQUE
sur la gauche de l'Escaut, la Flandre occidentale et une partie du départe- ment du Nord !. Enfin, après une seconde émigration forcée par la trans- plantation des Suëèves et des Sicambres sous Tibère, ils abandonnèrent les iles zélandaises, et se retirèrent au midi du Hont *. Aucun document, aucun écrivain ancien ne parle, il est vrai, de cette dernière émigration; mais elle est suffisamment établie par les faits. Dans les actes du moyen âge, les iles zélandaises, au lieu d’être indiquées dans le Mempisc, le sont constamment dans le pagus de l'Escaut.
Au moyen de ces explications, il n'est pas nécessaire, comme l'ont fait Wastelain, Acker-Stratingh, Guérard et Creuly, de supposer l'existence de deux peuples et de deux pagi différents du même nom, malgré le témoi- gnage si positif de César. Le conquérant romain cite un seul peuple ména- pien , capable de fournir 9,000 combattants 5. S'il y en avait eu un autre du même nom, César l’eût mentionné en énumérant les forces militaires des populations du nord des Gaules. Lorsqu'il parle des Ménapiens, il les cite comme un seul peuple, sans établir aucune distinction de territoire.
En ce point il est parfaitement d'accord avec les auteurs anciens. Strabon #,
1 « In eadem caussa fuerunt Usipetes et Tenchtheri, quos supra diximus; qui complures » annos Suevorum vim sustinuerunt. Ad extremum tamen agris expulsi, et multis locis Ger- » maniae triennium vagati, ad Rhenum pervenerunt; quas regiones Menapii incolebant, et ad » utramque ripam fluminis agros, acdificia vicosque habebant; sed tantae multitudinis adventu » perterriti, ex his aedificiis, quae trans flumen habuerunt, demigraverunt. » (De bello Gall., liv. IV, chap. ll.)
? Déjà Procope assure que les Francs occupaient les bouches du Rhin {liv. 1‘, chap. XII). Voir, au sujet du transfert des Suèves près du Rhin, Sueron. in Augusto, chap. XXI. Casaubonus, Gruter et Oudendorp soutiennent, il est vrai, que dans le texte de Suétone il faut remplacer Suevos par Ubios ; mais cette substitution est impossible. Saint-Éloi parle des Suèves établis en Flandre (Acta SS. Belgii, t. 1°, p. 500) et les Normands les trouvèrent dans la Ménapie pen- dant leurs déprédations dans ce pays. (Perrz, Monum. Germ., t.1®, p. 519.)
3 Les auteurs de l’Inventaire analytique et chronologique des urchives de la chambre des comptes à Lille, t. 1“, p. 6, confondent aussi une partie de la Ménapie avec la Toxandrie. Dans un de ses discours prononcés devant la cour d'appel de Liége, M. Raikem soutient que les Toxandres refoulèrent les Ménapiens vers les bords de l'Océan. (Discours de 1854, p. 6.)
É Toi Mevario: d'eioi ouveyets ni tÿ 0ahärry Môpivoi Mevaris toy Ex621Gv és" EXATEpa TOÙ moTapuoÙ xaroixcDytes 14 Kai Opuucob; 02m üpmÿs .……, lv. IV ; plus loin il dit, à propos du peu de soleil dont jouissent les Morins et les Ménapiens vers le milieu du jour et seulement pendant trois à quatre heures : roï; Mopiwat, oupBalvesr xai tot; Mevariois Kai éoos tobruw mAyoiéyepor.
ET LEURS SUBDIVISIONS. s)
Pline !, Dion Cassius ? et Orose 5 indiquent également les mêmes limites, et ne citent qu'un seul peuple ménapien. |
Plus tard les chroniqueurs du moyen âge corrohorent ces témoignages en assignant au Mempise tout le territoire compris entre l'Escaut et la mer. A propos de l'invasion des Normands, en 882, Sigebert de Gembloux place la Ménapie entre les Morins et le Brabant, près de l’Escaut 4. Les Acta sancto- rum en font de même . Selon la vie de Saint-\WVinnoc, écrite au XIe siècle, la Pene, rivière située entre Cassel et Saint-Omer, coulait près des frontières du Térouanais et de la Flandre 6.
Les bords de la mer et le cours de l’Escaut n'ont pas subi depuis le moyen âge de grandes modifications. Ces démarcations naturelles sont à peu près restées les mêmes, sauf en quelques points 7. Il s'agit donc uniquement de reconnaître les frontières des Morins vers le pays des Ménapiens. Cassel, nous l'avons déjà dit, faisait partie du pagus mempiscus. Il en était de même d'Oxelaer, situé près de cette ville, de Boeseghem près d’Aire, d’Esquelbecq, entre Cassel et Bergues 8, d'Eecke, entre la première de ces villes et Baillæil ?,
‘ « A. Scaldi incolunt extera Toxandri pluribus nominibus; deinde Menapii, Morini. » _ (Liv. IV, chap. XVII.)
3 Chap. X. Il y répète ce que dit César, liv. IV, chap. XXXVIII. « Q. Titurius et L. Cotta » legati, qui in Menapiorum fines legiones duxerant, omnibus eorum agris vastatis frumentis » Succis, acdificiis incensis, quod Menapii omnes se in densissimas silvas abdiderant, ad » Caesarem se receperunt. »
5 « Britania..... a meridie Gallias habet, cujus proximum litus transmeantibus civitas » aperit, quae dicitur Rhutubi portus, undc haud proeul a Morinis in austro positos Menapios » Batavosque prospectat. » (Orosits, Æist. rom., liv. I, chap. I.)
# Chronicon Sigeberti dans Perrz, t. VI, p. 343. La prétention de quelques auteurs de vouloir étendre la Nervie sur la rive gauche de l’Escaut et de faire passer Tournai pour une ville nervienne a été trop bien réfutée pour revenir sur ce sujet. (Voir Bucaenius, pp. 256 et suiv.; WiLTHEIM, Disputalio hist. Hunnones esse veros Nervios.)
# Tome IV, p. 200.
6 Acta SS. Saecul, t. [°', p. 504.
7 Les changements notables que l’Escaut a subis ont eu lieu au nord d'Anvers, par suite des inondations et de la dépression de la côte de la mer du Nord à partir d'Ostende jusqu’en Hollande.
8 « Et ecclesiam in Mempisco sitam Hicclesbeke noncupatam. » ( MaBiLcon, Ann. SS. Saecul IV, pars. I, p. 628.)
9 Helsoca in Mempisco, Recuris Des misr. DE FRANCE, t. II, p. 625.
Toue XXXIX. 4
6 = LES PAGI DE LA BELGIQUE
de Lederzeele, de Watten !, de Bergues, de Bourbourg et d'Uxem. Les trois dernières localités étaient enclavées dans le pagus de la Flandre, qui faisait partie de celui du Mempise ?. Par contre Ruminghem 5, entre Watten et Bourbourg, Wisques, Tatinghem # près de Saint-Omer, Saint-Omer même, Romblai près d'Aire 5 étaient situés dans le pays de Térouane à gauche de l'A.
Ces rapprochements démontrent que ce cours d’eau séparait les deux pagt des Morins et des Ménapiens à partir de son embouchure jusqu'à Saint- Omer’. Près de cette ville la ligne de démareation entre les deux pagi suivit à peu près le Neuf-Fossé vers Aire #, puis la Lys dans la direction d'Armentières, où elle s’identifiait avec les confins du diocèse de Tournai, déterminées par les limites des pagi du Carebant, de la Pevèle et du Mélan- tois, comme nous. le ferons voir plus loin. Après avoir passé près de Pont- Vendin, Orchies et Brullon, elle côtoyait la Scarpe, passait par Saint- Amand-les - Eaux, situé intra fines Menapiorium *, en se dirigeant vers
« Antiquissimum oppidum fuisse Menaporum, quod nunc Guatinus vocatur vel Guati-
» num, nulli sccundum bistoricos ejusdem pagi confinia vel situm territorii novit... » (Chron. watinensis monast. Taesaurus ANN., t. II, p. 798.)
2? Brucbroci in pago flandrensi, acte de 989 apud Vande Pure, L. c., pp. 112, 121; in Ukeshem in pago flandrensi, ibid., p.109; in pago flandrensi juxta Berga, ibid., p. 191.
8 [n pago taruennensi in Rumingim , ibid., pp. 92, 108.
. # Tatinga in pago taroannense. (GuéranD, Cartulaire de Saint-Bertin, p.18.)
5 Villa Sitdiu in pago taruanense. (Ibid., p. 21.)
6 Ibid., p. 58.
7 L’A est positivement indiqué comme limite du pagus de la Ménapie dans la Chronique de Watien (Thesaurus, L. 111, p. 820). Nous donnons le passage de la chronique concernant la Ménapic au $ 4 du chap. I", sect. 4r° de ce Mémoire.
$ Fossa Bolona ou Boloniana, creusée en 1055 probablement sur l'emplacement d'un cours d’eau. Voir IPerius, Chronicon Sancti-Bertint, chap. XXXIV, dans MarTÈNE, Anecdotu, II]; De ByLanoT, Commentatio, p. 26; Kiuir, Historia critica, t. II, p. 104. Si nous indiquons l'A comme frontière du Mempisc, cette délimitation est approximative pour le moyen âge. Le bassin de cette rivière formant anciennement un grand golfe, dont les caux s’étendaicnt bien à l’est de Saint-Omer, constituait une limite naturelle entre les Morins et les Ménapiens, et, par conséquent, du pagus du Ménipise. M. De Laroière a démontré l'existence de ce golfe par les gisements, dans le bassin de l'A, de sables de mer, de coquillages et par les découvertes de débris de navires, d'ancres, etc. (Voir Etude sur le sinus Itius, p. 249 du t. V des ANNALES DU COMITÉ FLAMAND EN FRANCE; 1868-1869). Nous ne pouvons admettre que ce golfe füt le sinus Ilius, comme M. de Laroière le croit. Il faut le chercher près de Wittsand.
* Acta SS., t. 1“; février, p. 870; Recueil des hist. de France, t. II, pp. 553-554. L'abbé
ET LEURS SUBDIVISIONS. 7
l'embouchure de cette rivière dans l’Escaut. Celle-ci séparait le Mempisc du pagus d'Ostrevant jusqu'à Condé et ensuite du pagus brabantensis. Le pagus des Ménapiens comprenait donc une partie du département du Nord, un fragment de la province de Hainaut, la province entière de la Flandre occidentale, toute la Flandre orientale située sur la rive gauche de l’Escaut, et toute la partie de la province de Zélande, sise à gauche du fleuve !. Cette élendue est parfaitement justifiée par le tableau ci-joint, dans lequel nous avons réuni toutes les localités qui, par les actes et les diplômes, sont indiquées dans le pagus mempiscus.
Le
TABLEAU DES LOCALITÉS CITÉES DANS LE GRAND PAGUS DES MÉNAPIENS.
SITUATIONS
| DATES. ÉVÉCHÉS. DOYENNÉS. SOURCES. | actuelles. É |
ANCIENNES.
Halestra, in pago 974 Tournai . . | Gand . . . | Flandreorientale,can- | Vande Putte, Chronique de Saint- mempisco. ton de Nevele. Pierre, 107; Van Lokeren, Car- tulaire de Saint-Pierre, 1, 46. ] Ardoye . . . . . Hardoia, in pago | 847, 4107 » Roulers Fi. occidentale,canton | Mabillon, Annales, II, 699; Mi- mempisco. d'Ardoye. ræus, 11, 1151. Beernem . . . .| Berneham, in pago | 847, 1107 » Ardenbourg . | F1. occid., canton de | Mabillon, II, 699 ; Miræus, IT, 4451. mempisco. Bruges. Boeseghem. . . . | Bussingehem super 4037 Térouane . . | Merville . . | Département du Nord, | Van Lokeren, 1, 84 (°). cant. de Hazebroeck. mempisCo. * Bogaerde-sous-Mal- | Bonart ou Bonarda, | 837, 1101, | Tournai . . | Ardenbourg . | FI. orientale, canton | Mabillon, Ann., 11, 699; Miræus, egem. Bogarda, in pago 4119 d'Eecloo. Il, 1151, 1155. mempisco. Caeneghem. . . . | Canengem . . . . | 1019, 1030 » Gand FI. occid., canton de | Serrure, Cartul. de Saint-Bavon,
Meulebeke. 48; Martène, III, 822.
{*) M. Van Lokeren croit qu'il s’agit ici de Boesinghe, dans la province de la Flandre occidentale , près d'Ypres. Bussinghem super fluv. Mella indique bien Boeseghem , qui est en effet situe sur la Melle.
| | | | | | Î., Mella, in pago Philippe dit : « Locus ipse intra Menapiorum fines positus, Propontiis Nerviisque conterminus, » sicut regni germanici et romani fines est imperii. Sic Belgicac Rhemensis portio, sic limes » dignoscitur esse Francorum. » (Opera omnia, p. 728, in Vita S“ Amandi, chap. XLIV.) 1 Voir aussi WauTERs, /. c., p. 22.
a
DBÉNOMINATIONS
ACTUELLES
Cassel Coolscamp . Couckelaere Crombeke . Eecke ou Esche .
Eeghem.
Geugnies
Harlebeke .
| Hem .
Lapscheure. . Lede sous Meulebeke. Ledringhem Mandel, rivière .
Marckeghem .
(*) Dans Guémanv, Cartulaire de Saint-Bertin, p.223 : in pago flandrensi.
ANCIENNES.
Cassel, in pago mem- pisco.
Colescampum. Cokenelare.
Crumbeke, in pago tarwanense, intra Mempiscum.
Helsoia ou Helsoca. Esches.
Ekeningim, in pago mempisCO.
Hicclesbecke, in pago mempisco.
Guiginiis, in pago mempisCo.
Herlebeka .
Hamma, super fluvio Marsbeke, in pago mempisco.
Lapiscura, in pago mempisco.
Leda ou Ledda, in pago mempisco.
Leodringas, infra mempisCo.
Mandra fl, in pago mempesco.
Marchegem, in pago mempisco.
LES PAGI DE LA BELGIQUE
DATES.
1085 Térouane . .
877 Tournai 857 » 875 Térouane .
86+, 1066 » 694 Tournai 855 Térouane . 1407 Tournai 1106 » 877 » 4107 »
8#17,1107 » 123 Térouane . 694
4107 Tournai
ÉVÈÊCRÉS.
DOYENNÉS.
Cassel .
Roulers
Oudenbourg .
Poperinghe. .
Bailleul. .
Roulers. .
Bergues
Tournai. .
Courtrai .
Helchin
Ardenbourg .
Oudenbourg .
Bourbourg. .
Roulers. .
SITUATIONS
actuelles.
Département du Nord.
FI. occident., canton d'Ardoye.
FI. occident., canton de Thourout.
F1. occident., canton de Haringhe.
Dépt du Nord, canton e Stcenvoorde.
FI. occident., canton d'Ardoye.
FR du Nord, canton e Wormhout.
Hainaut, canton de Antoing.
F1. occid., arrondisse- ment de Courtrai.
Dépt du Nord, canton e Lannoy.
FL occident., canton de Bruges.
Fi. occident, canton de Meulebeke.
Dépt du Nord, canton e Wormhout.
FI. occident., canton d'Oost-Roosebeke.
SOURCES. |
Miræus, IT, 4137.
Mabillon, Il, 699.
Mabillon, 11, 699 (°).
Guérard, Cartul. de Saint-Bertin, 117.
Serrure, #. Voir aussi Wastelain, 386; Miræus, I, 67.
Vande Putte, 81 (°°).
Guérard, 95 {*°°).
Miræus, [1, 1151.
Pertz, XVI, #48.
Guérard, 199.
Miræus, Il, 1151 (**°°).
RL di Il, 699 ; Miræus,
|
Guérard, 49; Malbrancq, De Mo- rinis, |, 510
Yande Putte, 80.
Miræus, Il, 1151.
(**) Des auteurs traduisent Ekeghem, mais ce village était situé dans le pagus de Brabant. Voir au sujet d'Helsoia, Wastelain, p. 386 et la Vie de Saint-Vulmar, Racuni »zs misroinss px Faance , t. III, p. 625. Eecke était du reste dans le Mempise , comme le constate l'acte de 1066, reproduit par
Miræus, 1, 67. L'abbaye de Messine était encore en possession de ces biens au siècle dernier.
(**”) Selon Guérard (p.581), Hiclesbecke serait située sur le Cange, dans le pagus de Térouane. Rien dans le document n'autorise cette explication. Il y est dit positivement in Mempisco et nous n'avons trouvé dans les environs du Cange aucune localité de ce nom.
(”***} Dans Serrure, p. 18 : pago flandrensi.
DÉNOMINATIONS rt
ACTUELLES.
Marque (la), rivière.
Melle, rivière .
Merville.
Merckeghem .
Nieuport.
Oost- et West-Vle-
teren.
Oxelaer .
Poperinghe? .
Rolleghem .
Roulers .
St-Amand-les - Eaux.
Somergem . Strazeele
Tournai .
ANCIENNES.
Marsbeke, in pago mempisco.
Mella, fl, in pago mempisco.
Broila ou Menrivilla, in pago membpisco.
Mekerias, in pago terwanense infra Mempiscum.
Ysereportus. in fini- bus Menapum.
Fleterna (fluv.), Fle- terna (villa), in pago menpisco.
Osclarum, in pago mempisco.
Panghem ou Pro- prinshem.
Rochingahim ou Rok- kingim super fluv. Dormia, In pago mempisco.
Ricoluvingahcim.
Roslar, in pago mem- pisco.
Elno, inter Menapio- rum fines.
Sumerino, Sumerin- gehem, in pago mempisCo.
Stradsele, in Tarwa- nense intra Mem- piscum.
Tornacus, urbs Me- napiorum.
ET LEURS SUBDIVISIONS.
DATES.
871
1037
1077
867
859
875,1077
1115
4108
811 à 870
8#7
822, 4107
951, 964
875
ÉVÊCHÉS,
Térouane .
Tournai
Térouane .
Tournai
DOYENNÉS.
Helchin
Bourbourg. .
Nieuport .
Poperinghe. .
Cassel . . .
Courtrai
Roulers.
Tournai
Gand
Bailleul. . .
Tournai. . .
SITUATIONS
actuelles.
Dépt du Nord, cantan e Lannoy.
Dép! du Nord, canton e Hazebrouck.
Dép! du Nord, canton e Merville.
Dép! du Nord, canton de Wormhout.
Flandre occidentale. .
FI. occident., canton d'Elverdinge.
Dépt du Nord, canton e Cassel.
FI. occident., arrond. d'Ypres.
FI. occident., canton de Courtrai.
FI. occident., canton dé Roulers.
Département du Nord.
FI. orient., canton de Somergem.
Dépt du Nord, canton e Hazebrouck.
Province de Hainaut.
-
SOURCES.
Guérard, 199. Van Lokeren, 8$.
Acta SS. soie A 591; Cham- pollion, Il, :
Guérard, 110, Malbrancq lit: Mar- cérias, Malbr ancq indique dans le tableau Maccroiles et sur la carte Markerias où se trouve Merkeghem
Guérard, 107.
Guérard, 117; Champollion, II, 453.
Guérard, 231.
Pertz, XVI, 449.
Vande Putte, 81 ; Van Lokeren, 14 (")
Mabillon, Annales, I}, 699.
Dom Boucquet, Recueil des his- toires de France, NI, 530; Mi- ræus, 1, fév., 1151.
Acta SS. Belqii, X, 455; Acta SS., 1, fév., 818, 870.
Vande Putte, ®; Van Lokeren, 38 (")
Guérard, 1117.
Acta SS. Belgii, Vie de S'-Amand, février, 1, 818, 863; Philippe, abbé de Bonne- “Espérance, 118.
(*) Dans Vande Putie : in pago mempisco, dans Van Lokeren : in pago mempisco seu gandense. Nous avons fait au sujet de ce lieu des sochérchies infruc- tueuses. Une localité du nom de Rukeghem, sous Hoorebeke-Sainte-Marie et une autre du nom de Rokingem près de l'Escaut dans les environs de Peteghem , ne sont pas situées sur la Durme. Il y avait sous Somergem un lieu dit Durme, mais il n’y avait pas de Rukegem, ni Rokeghem dans les environs. Selon Vaernewyk et De Bast, la Durme aurait pris sa source dans un ruisseau nommé la Caele, dont les eaux, passant par Nevele, Hansbeke, Merendre , Vinderhaut, Evergem, Langebrugge et Roodenhuise , arrosaient Mendonck sous le nom de Zuidlede, et traversait sous le nom de Durme Exaerde, Lokeren et le pays de Waes.
(**) Dans Van Lokeren, p. 84, in pago Wasensi.
10
DÉNOMINATIONS
2. SITUATIONS M oc tk DATES: ÉVÈCHÉS. DOYENNÉS. SOURCES. ACTUELLES. ANCIENNES. actuelles.
Tronchiennes. . . | Thuringehem, in pago 96+ Tournai . . | Gand . FL. orient., canton de | Vande Putte,92; Van Lokeren, 38. mempisco. Gand.
Vleteren. Voy. Oost-
Vieteren.
Wacken. . . Wackine, in pago 69# » Roulers FL occident., canton | Vande Putte, 80 (‘). mempisCo. d'Oost-Roosebeke.
Watten . . . . . Guatinum, oppidum Térouanc . . | Bourbourg. . ie du Nord, canton | Ebcrard, Chron. Wasinensis mo- Menapiorum. ; e Bourbourg. nast, MARTEN. Thesaurus, KI, | 198.
West-Vleteren. Voy.
Oost-Vleteren. LE : Wonderghem . . Guntrengem,in pago | 4019,1030 | Tournai Roulers F1. orient., canton de | Serrure, 48. mempisCo. Devnze.
Wyngene Wenghinas, Guingi- | 84#7,1107 » Bruges. . . | FL occident. canton | Mabillon, LE, 699; Miræus. 11, 41451. niis, in pago men- : de Ruvyslede. pisco.
Yser, rivière . . . | Esere, fluv., in pago 4077 | Térouane . Flandre occidentale. Champollion-Figeac, HI, 443.
Mempisc.
mempisco.
LES PAGT DE LA BELGIQUE
Re A pe ee et met ce — der
(*) A la page 119 du même ouvrage Wacken est indiqué dans le pagus de Courtrai. C’est une preuve de plus que ce pagus était compris dans celui de
Ce tableau fait voir que tout le pays situé entre l'A, la Scarpe, l’Escaut
et la mer composait le pagus mempiscus. Nous y voyons figurer tour à tour Boeseghem, Merville, Saint-Amand-lez-Eaux et Watten dans le département du Nord, Wacken près de Roulers, Tronchiennes près de Gand, Couc- kelacre près de Thourout, Lapscheure près d'Ardenbourg, et peut-être la Durme et Mispelair-sous-Zele au pays de Waes 1.
Un passage mal interprété du cartulaire de Saint-Bertin semble contra- rier notre manière de voir. C’est celui concernant la baie de l’Yser, sur laquelle est bâtie la ville actuelle de Nieuport : « In finibus Menapum, in » Sinum qui vocatur Ysere portus ?. »
! Voir le tableau précédent, p. 9, verbo Rockingen. 2 GuéranD, L. c., p. 407. Ce passage est aussi reproduit dans la relation des miracles de Saint- Bertin. Voir Acta SS. Belgii , t. V, p. 656.
ET LEURS SUBDIVISIONS. 11
Ce passage indique simplement la situation de la baie de l’Yser, c’est- à-dire, Nieuport dans le Mempisce, et nullement aux frontières de ce pays. Le mot finis a été employé bien souvent dans le sens de pays et circon- scription territoriale, comme le démontre Tudichum en citant plusieurs documents rédigés dans ce sens !. Il ne peut avoir d’autre signification, comme nous lavons fait voir dans l'Introduction. Entre Nieuport et l'A, Il y avait un grand nombre de localités désignées positivement par les documents dans le Mempise. |
À propos du pagus mempiscus surgit naturellement la question de savoir comment une partie de cette division torritoriale a passé à l'évêché de Té- rouane, tandis que tout le reste de cette contrée appartenait au diocèse de Tournai, sauf la partie septentrionale comprise dans celui d'Utrecht? En d'autres termes, pourquoi le pagus mempiscus ne correspondait-il pas au diocèse de Tournai? Rien ne serait plus facile à expliquer, s’il faut en croire Raepsaet. En admettant avec cet auteur que le pagus taruanensis était compris dans le pagus major du Mempisc, cette question serait vite et bien tranchée ?. À l'appui de sa manière de voir, il allègue la chronique de Saint- Bertin, qui place Merseria (lisez Merkerias, Merkerghem) et Strazella super fluvium Niempa dans la Ménapie, malgré la position de ces lieux dans le pagus taruanensis. Nous avons déjà réfuté d'avance cette opinion en faisant voir plus haut que les mots pagus taruanensis désignent dans cette charte l'évêché de Térouane ; sinon il est impossible d'expliquer les mots : «in pago Taruanense, intra Mempiscum » transcrits dans la charte à propos de la situation de Strascele. Jamais le pagus de Térouane n’a formé une division administrative d’une importance secondaire, comprise dans le Mempisc. Aucun document ne mentionne dans le pagus de Térouane une localité sise à droite de PA. Si l’on admet, avec Raepsaet, l'existence dans le Mempisc d’un petit pagus du nom de Térouane, comprenant Mer- keghem, toute division entre la Ménapie et le Térouanais devient impos- sible. Le pagus de l’Yser doit disparaître et faire place au petit pagus de
! Taunicaus, /. c., p. 55. Voir aussi Ducange, verbo Finis. 2? Raeëpsaer, /. c., t. III, p. 105.
!
12 LES PAGI DE LA BELGIQUE
laruanensis. La partie du pagus flandrensis, dont Uxem et Dringham fai- saient partie, disparaitrait également de la carte en dépit des documents qui la classent dans cette division territoriale.
Il serait difficile, du reste, d'expliquer comment le petit pagus de Térouane n'aurait pas fait partie du grand pagus taruanensis. De petits pagi portant la dénomination du grand pagus auquel ils ressortissaient étaient três-communs, mais nous ne les avons jamais vus figurer dans une division territoriale d'un autre nom. L'erreur de Raepsaet provient sans doute de la parfaite identité qu’il voulait reconnaître entre les divisions géographiques de l'ordre civil et celles de la géographie ecclésiastique. Ce qui n’est pas Loujours vrai dans notre pays.
Le savant auteur du Précis topographique de l'ancienne Belgique soutient aussi que le pagus de la Flandre est entièrement indépendant de celui du Mempisc !. Cette seconde erreur l’a obligé de créer un pagus mediocris de Térouane, par lequel il remplace le pagus de l’Yser et une fraction de celui de la Flandre. |
La question posée plus haut reste donc sans réponse. Il s’agit d'expliquer comment une partie du Mempise, qui, selon les règles générales, aurait dû appartenir en entier à l'évêché de Tournai, à passé aux diocèses de Térouane et d'Utrecht.
Peut-être faut-il attribuer cette séparation à une circonstance particulière. La foi nouvelle étant introduite très-tard dans nos provinces, le paganisme y conservait encore toute son influence pendant le VITE siècle. A cette époque les circonscriptions des civitates étaient oubliées depuis longtemps. L'évéché d’Utrecht fut organisé seulement vers l'an 700. Dans le Mempisce, pays entrecoupé de marécages et d'immenses forêts, les conversions au christianisme devaient surtout étre lentes. Les biographes de Saint-Amand, de Saint-Ursmer, de Saint-Bavon, de Saint-Liévin et de Saint-Vulmar, le constatent de manière à ne pas laisser de doute à ce sujet. À mesure que les populations recevaient les lumières de la foi chrétienne, furent-elles annexées
1 Loc. cit., p. 102. Sans se prononcer d’une manière aussi positive que Raepsaet, Besselius sépare aussi le Mempisce de la Flandre. (Voir Chronicon Gotw., p. 680.)
sr cn
ET LEURS SUBDIVISIONS. 15
au diocèse voisin dont sortaient les missionnaires? Ou bien la juridiction ecclésiastique, au lieu d’être territoriale, n’a-t-elle pas été parfois personnelle dans la Ménapie comme dans l’Église d'Irlande ? La Belgique offre maint exemple de l’existence d’une juridiction semblable f.
Impossible d’administrer des preuves à ce sujet. Nous ignorons complé- tement la cause de cette répartition, comme on ignore la cause et la date précise de la disparition de l’évéché de Bavai et de l’incorporation de son territoire à celui d’autres diocèses. Un remaniement des limites des diocèses a dû avoir lieu dans le Nord à une époque dont la date est ignorée et par suite de motifs sur lesquels l'histoire se tait ?.
Sans doute le Mempisc formait anciennement une civitas romaine. L’ex- trait suivant d'une inscription reproduite par Gruter le prouve :
SALINATORES CIVITATIS MENAPIORUM .
Cette inscription appartenant au règne de Vespasien, mort en 79, démontre que sous cet empereur la civitas Menapiorum portait encore le nom du peuple qui l'habitait. Sous le règne d’Honorius, mort en 423, la civitas Menapiorum portait déjà la dénomination de cvitas Turnacensium, ainsi que le constate la notice de l'empire. Tournai même fut appelé la ville des Ménapiens : « Urbem Menapiorum, quae vulgo nomine Tournacus dicitur #. »
1 Voir Examen historicum libre, Verhoven, t. I°, p. 162.
? Dans sa Géographie ancienne des Gaules (t. 1°", p. 442), Walckenaer soutient que les évêques de Térouane étendirent, pendant le XII° siècle, leur juridiction au delà de l’A. « En » étudiant «dit-il» avec soin l'histoire de ce diocèse, nous voyons, de plus, qu'avant le XII° siècle » il n’est jamais fait mention d'aucun licu situé à l’orient de l’Aas ou du ferouanensis ou » lerouanesis pugus du moyen âge. Vers le commencement du XII‘ siècle, les évêques de » Térouane étendirent leur juridiction un peu plus vers l'Orient, dans ce qu’on appelait la » Ménapie ou menapiscus pagus, dont T'urnacum, Tournai, était la capitale. » Le fait sur lequel Walckenaer s'appuie n’est pas exact. Merkegem et Crombeek sont indiqués dans l'évêché de Térouane dès le IX° siècle (voir les actes qui concernent ces localités dans GuéRar», Cartulaire de Suint- Bertin, pp. 115-117), malgré la situation de ces endrôits à droite de l'A. Le changement dont parle Walckenaer ne peut donc dater du XI: siècle, il doit être certaine- ment antérieur; peut-être remonte-t-il à l'époque de la destruction de Bavai.
3 GRUTERUS, {nscriptiones, p. 1116, n° 4.
* Acta SS., t. [«", février, p. 818. Henschenius dit qu’en marge du manuscrit de Philippe,
Tome XXXIX. 5
14 LES PAGI DE LA BELGIQUE
Une aussi grande étendue de territoire que celle du Mempise devait être divisée en plusieurs pagi. Néanmoins les auteurs modernes en ont voulu faire un pagus isolé, sans aucune subdivision. D’autres écrivains ont pré- tendu établir une distinction entre la Ménapie et le Mempisc, malgré le diplôme de Charles le Chauve, daté de 847, qui dit en termes très-positifs : « Territorium Menapiorum quod nunc Mempiscum appellant. »
Cette contrée était partagée en deux pagt moyens de la Flandre et de Tournai, soumis au diocèse de Tournai ‘. Nous disons en partie, afin de faire comprendre que la fraction du territoire ménapien située dans le dio- cèse de Térouane en était exclue. Ces deux pagi moyens étaient subdivisés en plusieurs pagi mineurs. Dans le pagus de la Flandre étaient compris les petits pagi de l’Yser, de la Flandre, d'Ardenbourg et du Mempisc.
Le pagus de Tournai embrassait les petits pagi de Tournai, de Courtrai, de Gand, de Waes, du Mélantois, de la Pevèle et du Carebant.
abbé de Bonne-Espérance, se trouve Menapios esse Tornacenses (Diatriba de episcopis tra- jectensibus, p. 17.) Voir aussi dans le 1. I°", Préambule, p. Lxxxvi des Monuments pour servir à l'histoire de Hainaut, Namur et Luxembourg, une dissertation du P. Wiltheim intitulée : Disputatio historica qua clarissime et eruditissime oslenditur : Hannones esse veros Vervios, non Tornacenses.
1 On a prétendu, sans aucun fondement, que le diocèse de Tournai était primitivement sub- divisé en trois archidiaconés. Un travail sur la géographie de ect évèché, que nous avons inséré dans les Annules de lu Société d’Émulution de Bruges, t. V, 3° sér., p. 200, démontre que jusqu'en 1287 il n’y avait que deux archidiaconés, l’un de Tournai, l’autre de Flandre.
Selon le passage d’un registre cité dans les Annalen van den Oudheidkundigen Kring van het land van Wues (t. IV, p.192) les doyennés de Tournai, Helchin, Lille et celui, dit helinensis, faisaient partie de l’archidiaconé de Tournai, et les doyennés de Roulers, Audenarde, Gand et = Waes appartiendraient à l’archidiaconé de Bruges. Ce passage, reproduit dans Bucherius, mérite peu de confiance. Le doyenné dit helinensis est parfaitement inconnu dans le diocèse de Tournai. L'auteur a-t-il voulu désigner le doyenné de Helchin ou celui de Seclin (secli- nensis)? Celui-ci fut créé seulement en 1369. Dans ce cas, la division des doycennés précités en deux archidiaconés serait postérieure à 1369, et ne pourrait nullement fournir des renseigne- ments en ce qui concerne l’organisation primitive des deux archidiaconés de Tournai et de la Flandre. Nous ferons remarquer aussi que les doyennés de Bruges, Ardenbourg et Oudenbourg, dont l'existence est formellement constatée par le pouillé du diocèse de 1550, sont passés sous silence, et que ce pouillé mentionne trois archidiaconés, savoir : ceux de Tournai, de Gand et de Bruges.
ET LEURS SUBDIVISIONS. 415
CHAPITRE Ir.
LE PAGUS MOYEN DE LA FLANDRE. (Pagus flandrensis.)
L'écrit le plus ancien qui mentionne la Flandre est la vie de Saint-Éloi, rédigée vers 672 par Saint-Ouen : « Hoc ergo modo aurificem invitum » detonsum, constituerunt custodem urbium seu municipiorum his vocabulis » vermandensi scilicet, quae est metropolis urbs, tornacensi, quae quon- » dum regalis exstitit civitas, noviomagensi quoque et flandrensi, gandensi » etiam et corturiacensi. »
Par les mots municipium flandrensi on croit que l’hagiographe désigne Bruges !, l'endroit le plus considérable du pagus de la Flandre ?. Cette bourgade était la propriété du père de Saint-Trond , qui la transmit à son fils. Une chapelle y fut fondée en 782 par Saint-Boniface 5, et Charles le Chauve dota la localité d'un atelier monétaire ; quant au municipium gan- dense , il désigne, à ne pas en douter, la ville actuelle de Gand.
Dans sa nomenclature l’hagiographe a soin de placer cette bourgade hors Flandre, comme il sépare ce pays de ceux de Tournai et de Courtrai.
Par son capitulaire de 853, Charles le Chauve distingue aussi la Flandre du Courtraisis #4, Ces deux pagi n'avaient en effet rien de commun ; ils étaient parfaitement séparés dans les deux grandes divisions du Mempisc.
Le partage de 830 ° et l'acte de 821, relatif aux conspiralions des serfs,
! Un texte plus récent et abrégé de celui de Saint-Ouen porte brugense au lieu de munici- pium flandrensi. Voir VaLesius, Voticia, p. 196.
2 Vrenius, Aist. comitt. Fland., p. 25; WasteLain, L. c., p. 578; WanNKoEniG, Hist. de Flandre, 1. Ie", p. 127.
8 Gesta abb. Sancti-Trudonis, p. 367; Pertz, dans le t. X des Monumenta Germania; Sanxberus , Flandria illustrata, t. 11, p. 92.
# PenTz, 1. {°, p. 426, legum.
5 Des auteurs assignent à cet acte tantôt l’année 859, tantôt 855, tantôt 858. Voir le texte dans PERTZ, d. c., p. 556.
16 : LES PAGI DE LA BELGIQUE
nomment à la fois le Mempisc et la Flandre, comme la chronique de Saint- Bertin l'avait déjà fait en 646 lorsqu'elle mentionne l'invasion des pirates in Flandrorum aique Menapiorum confinio !. De ce fait Vredius et Hensche- nius concluent que, vers le milieu du IX° siècle, la Flandre ne s'étendait guère au delà du territoire de Bruges, de l'Escaut, d'Ysendyk, d’Arden- bourg et de Damme.
Wielant, Wastelain et Ghesquière sont du même avis ?. Sanderus, dans sa Flandria illustrata, dit, d'après Scaliger, que ne pouvant expliquer les contradictions des actes, il considère le Mempise et la Flandre comme syno- nymes. Gramaye, en parlant une première fois du pagus de la Flandre, croit qu’il était limité par l’Escaut et la Durme 5, puis il ajoute plus loin que ce pays était séparé de celui de Ryen par l’Escaut, du Brabant par la Durme, du pagus de Tournai par la Lys, du Mempisc par des marais , de la Morinie par le pagus d'Ypres #. Il y a dans cette délimitation à peu près autant d'er- reurs que de mots.
L'Escaut séparait iñdubitablement le Mempise du pagus de Ryen, et non de la Flandre. La Durme, qui passe par le milieu du pagus de Waes, ne pouvait pas servir de limite entre le Brabant et la Flandre °. Celle-ci n'était pas séparée par la Lys du pagus de Tournai, si ce n’est en quelques endroits. Des marais n'isolaient pas la Flandre du Mempisce : le premier de ces pagi dépendant entièrement du second. Raepsaet soutient que le Mempisc et la Flandre constituaient des divisions distinctes et formaient chacune un pagus major ou tout au moins un pagus mediocris $. Cette asserlion n'esl pas exacte. Selon plusieurs documents, des paroisses comprises dans la Flandre étaient aussi situées, d'après d’autres actes, dans le Mempisc, par exemple
Ü MaRTINE, t. NT, p. 572.
% ActaSS., t. I", fév., p. 596; Acta SS. Belgüi, t. IN, p. 256; Chronicon gotwicense, p. 595; De Suet, Chroniques de Flandre, t. 1°", Introduction, p. x1; Recueil des hist. de France, p. 557.
3 GRAMAYE, Gandavum, p. 1.
# Ibid., Brugae, p. 1. Par le pagus d'Ypres l’auteur entend sans doute celui de l’Yser.
5 Nous ferons observer que Gramayce n'indique pas la situation précise de la Durme, qui passait aussi anciennement, paraît-il, dans les environs de Nevele, Hansbeke, ete. (Voir plus haut, p. 24, note.)
6 Tome II, pp. 102-104 des OEuvres complètes.
ET LEURS SUBDIVISIONS. 17
Lapscheure et Couckelaere !. En outre les arguments de Racpsaet sont établis en grande partie sur l'existence d'un pagus de Thourout, dont aucun docu- ment ne fait mention. Selon cet auteur, la ligne de démarcation entre les pagi du Mempisce et de la Flandre aurait suivi les routes romaines tracées sur la carte de la Morinie publiée par Malbranceq. Ces routes partant de Boulogne passeraient par Guines, Vaganum, Cassel, Ypres, Bruges, Ardenbourg et Anvers; c’est, dit-il, la véritable ligne de démarcation entre les deux pag: :
1° Parce que la carte de Malbrancq offre à chaque angle de ces routes des châteaux forts qui avaient été élevés contre les barbares, et auraient servi de ligne militaire et de défense ; Eh
2° Parce qu’on trouve encore, près de ces routes, des vestiges prove- nant d'établissements des Barbares ;
3° Parce que cette démarcation léverait la confusion que présentent les chartes ?.
Ces raisons ñe nous semblent nullement concluantes. Toutes les grandes routes construites par les Romains dans le nord des Gaules avaient un but militaire. Par conséquent celles dont parle Raepsaet ne peuvent avoir été tracées dans le but unique de servir de limites ou de barrières aux pays des Ménapiens et des Flamands. Si l’on a trouvé, près des établissements élevés par les Romains à côté de ces routes, des vestiges des Barbares, c'est parce que ceux-ci n’avaient d'autre mobile que celui de piller, voler et détruire ou de remplacer les Romains. Ces débris constatent la présence des émigrants près de ces routes, comme ailleurs, mais n’indiquent pas des limites. Une civilisation nouvelle profite toujours des restes laissés par une civilisation ancienne. Le peuple qui succède à un autre peuple s’approprie les débris de celui-ci.
En soutenant que cette ligne de démarcation lève les confusions établies par les chartes, Raepsaet s’est fait illusion. Son système fait surgir bien d’autres difficultés et de plus grandes encore.
Lorsqu'il relègue le Mempisc à l’intérieur du pays entre la route romaine
1 Mamiluon , t. Il, p. 699; Guéranb, Cartulaire de Saint-Bertin, p. 225; Mmæus, t. I], p. 415; SERRURE, p. 18. . 2 Ibid., p. 109.
18 LES PAGI DE LA BELGIQUE
indiquée par Malbranceq ct la Lys, les frontières de ce pays ne touchent plus à la mer, comme les auteurs anciens et du moyen âge l'enseignent. Première difficulté. Couckelaere, Merkeghem, Crombeke, Lapscheure et Nieuport, localités sises entre la mer et la route dont parle Raepsaet, auraient-elles pu faire partie du pagus mempiscus, selon le système de cet auteur? Évidem- ment non. Cependant les documents dans lesquels elles sont citées leur assignent positivement cetemplacement. Seconde difficulté. Comment le Mem:- pise aurait-il pu embrasser tout le pays situé entre la mer, les Morins et l’Escaut, si la Flandre n’y était comprise ? Troisième difficulté. La délimitation proposée par Raepsaet ne lève donc aucune des contradictions qu'il signale : celles-ci continuent à subsister dès que l’on veut établir une séparation entre les deux pagt.
À notre avis, le pagus flandrensis était simplement une subdivision du Mempise, comme nous allons le faire voir.
Dans la vie de Saint-Vulmar, l'hagiographe dit qu’en se’‘rendant dans la Flandre, ce missionnaire devait passer par le Mempisc : « Se ad praedicandum » Flandriae contulit versus Menapum fines !.» Couckelaere est indiqué par un acte de 847 ? dans le pagus mempiscus et un autre acte de 1006 le cite dans la Flandre 5. Lapscheure fait partie, selon un acte de 1107, du Mem- pisc #; selon un autre acte de 1009 à 1050, cette localité était dans la Flandre ÿ. Enfin la bulle, par laquelle le pape Pascal IT confirme , en 1107, la possession des biens appartenant à l’abbaye de Saint-Amand, nomme dans le Mempisc : Bogarde, Roulers, Lendelede, Ardoye, Geugnies, Mer- keghem, Lapscheure et Beernem; et dans la bulle par laquelle le pape Calixte IL confirme, en 1119, cette abbaye dans la possession des mêmes biens, les localités précitées sont indiquées dans la Flandre 6. Il n’est pas possible, nous semble-t-il, d'avoir une preuve plus évidente de la dépen-
1 Recueil des hist. de France, t. HT, p. 626.
2 MaBizLoN, t. IT, p. 699.
5 GuérarD, Cartulaire de Saint-Bertin, p.225.
6 Minæus, t. IT, p. 1151.
$ SERRURE, P. 18.
6 Minæus, t. 11, pp. 1151-1155. Dans la bulle de 1119 l'orthographe des noms de lieux à été souvent tronquéc.
ET LEURS SUBDIVISIONS. 19
dance dans laquelle se trouvait la Flandre vis-à-vis du Mempisc. A cette époque, il est vrai, le nom de Ménapie commençait à disparaître, mais il était encore employé. Pour expliquer cette contradiction apparente il faut néces- sairement admettre qu'une même localité ne peut appartenir à deux pagi différents, à moins que l’un ne soit subordonné à l'autre. Si, par exemple, un acte disait que la commune d’Anderlecht est située dans la province de Brabant, et si un autre acte la plaçait dans l'arrondissement de Bruxelles, on doit bien reconnaitre qu'elle appartient à la province de Brabant, dont l'arrondissement de Bruxelles est une subdivision.
Les documents relatifs à Couckclaere et à Lapscheure prouvent donc à eux seuls que la Flandre était comprise dans le Mempisc. Par ces explications à la fois si simples et si claires, toutes les prétendues contradictions suscitées par les actes disparaissent complétement. Une seule demeure : celle qui résulte de l’acte de partage de 830 et du capitulaire de 821 relatif aux con- jurations des serfs établis sur les côtes de la mer du Nord. Dans l'acte de partage, un des lots comprend Bragmento (Brabant), Franderes, Mem- piscon, Medenenti !, etc. L'acte relatif aux serfs dit: « de conjurationibus » in Flandris et in Mempisco et caeteris marilimis locis ?. »
De prime abord, les termes de ces documents semblent prouver que la Flandre et le Mempisc formaient deux divisions distinctes. En présence des actes et des faits que nous avons signalés à propos de l'étendue du Mem- pisc, une interprétation de ce genre est inadmissible. Il faut nécessairement entendre les actes précités dans ce sens que la Flandre et le Mempisc for- maient un tout. Sinon il serait impossible d'expliquer le silence que garde l’acte de partage au sujet des autres pag: compris dans le Mempisc. Le pagus tornacensis, par exemple, faisait partie du second lot, et si le nom n’y figure pas, c’est précisément parce que le Mempise le comprenait, comme tous les autres pagi de son ressort. Le pagus de la Flandre était si peu indé- pendant du Mempise que, pour y arriver, il fallait passer les frontières de celui-ci 5. Oserait-on soutenir que le Mélantois était séparé du Mempise, parce
! PenTz,t. 1e", p. 359, legum. 2 Ibid., p. 230. 5 Voir le passage de la vie de saint Vulmar cité plus haut.
20 LES PAGI DE LA BELGIQUE
que ce même acte de parlage nomme premièrement la Flandre, puis le Mem- pisc et en troisième lieu le Mélantois ? Une pareille assertion serait inadmis- sible en présence des documents qui établissent si positivement les frontières de la Ménapie. Dans le partage de 870 nous voyons des anomalies sembla- bles, si toutefois on peut appeler ainsi la désignation de certaines localités et le silence que ce document garde à l'égard d’autres endroits. Par exemple, un lot indique Arlon compris dans le pagus de Woivre, tandis que le même lot comprend aussi le pagus wavrensis mentionné plus bas. Pourrait-on soutenir que Liége, Maastricht; Aix-la-Chapelle et Theux ne faisaient pas partie de la Hesbaye parce que, placé après la nomenclature de ces endroits, le pagus est cité plus bas dans le même lot? Selon ce système, Lierre ne ferait pas partie de la Toxandrie, parce que ce pagus est nommé plus loin que Ledi. Souvent les secrétaires chargés de la rédaction de ces actes nommaient les lieux les plus importants ou les divisions territoriales les plus remarquables d'une contrée, sans vouloir les en séparer ou les en distinguer.
Il en est de même du capitulaire relatif à la conjuration des serfs. Le rédac- .
teur de l'acte commence par désigner la Flandre et le Mempisc comme les parties les moins importantes des côtes maritimes. De la Flandre il passe yraduellement au Mempisc et du Mempise à toute la côte. Pourrait-on expli- quer d'une autre manière le mot ef qui précède chaque substantif : 27 Flan- dris et Mempisco, et in cacteris maritimis locis? Si l’on n'admet pas que la Flandre faisait partie du Mempise, il ne faut pas admettre non plus que le Mempisc faisait partie des côtes maritimes.
Quant aux opinions de Vredius, Wastelain, Henschenius, Ghesquière et Wielant, qui circonserivent le pagus de la Flandre aux territoires de Bruges, de l'Écluse, d’Ysendyk, d'Ardenbourg et de Damme, elles ne tiennent pas devant le tableau ci-joint indiquant les lieux situés dans le pagus de la Flandre et cités, à ce titre, dans les actes et diplômes.
1 Voir cet acte dans PERTz, {, c., p. 517.
t
|
en + nn. et Se
|
| E
DÉNOMINATIONS "2 ACTUELLES. ANCIENNES. Adeghem Addinghem, Aclo-
laum, in pago flan- drensi. Aerseele. Arcella, in Flandriis. Ardenbourg Rodenburgh, in pago flandrensi. Axel . Axia, ibid... Bautersande près | Baltershande, in pago d'Ysendyk. flandrensi.
Bennon (les. moers de) près d'Oost- bourg.
Bergues-St-Winoc. 3 Bekeghem . Beveren.
Boesinghe :
Brocken !Ten) entre
Cortemarcq et Haud-
zaenic.
Bourbourg.
Bruges .
Bu Rpnele sous St- Mic hel.
(*) Dans Vande Putte : in pago Rodenburch. (°*) Miræus place ce diplôme à l’année 937.
Merona ou Merena Bennonis, in pago flandrensi.
Berga, in pago flan- drensi.
Bettingem, in pago flandrensi.
Beverna, in pago flandrensi.
Boserich, in Flan- dria.
Brouch, in pago flan- drensi.
Brugburgh, in pago flandrensi.
Brugias, in pago flan- drensi.
Buggesela. ibid. .
ET LEURS SUBDIVISIONS.
DATES,
714, 4049, 1030
868, 869
1019, 1030, 4037
891, 4037
1019, 1030
939
981
1019, 1030
4155
10605
987 à 996
1037, 1068, 1106
1131
1037
Tome XXXIX.
ÉVÊCHÉS.
Touruai
Utrecht
Tournai. .
Térouane .
Tournai
Térouane .
Tournai
Térouane . .
Tournai
DOYENNÉS.
Ardenbourg . Roulers
Ardenbourg .
Quatre-Métiers.
Ardenbourg .
Bergues
Oudenbourg .
Poperinghe .
Ypres .
Oudenbourg .
Bourbourg.
Bruges.
SITUATIONS
actuelles.
Flandre occidentale, canton d'Eecloo.
FL. occident., cant. de Meulebeke.
Zélande, canton de L'Ecluse.
Zélande , cant. d'Axel.
Zélande .
Zélande. canton de L'Ecluse.
Département du Nord.
FL. occident. cant. de
Ghistelles.
F1. occident., cant. de Haringhe.
FI. occident,. canton d'Elverdinghe.
FL occident. cant. de Thourout.
Département du Nord.
Flandre occidentale .
FI. occident. cant. de
Bruges.
Sanderus, F1. ill.,
Vande Putte, 90, 92. %;
21
TABLEAU DES LOCALITÉS CITÉES DANS LE PAGUS MOYEN DE LA FLANDRE.
SOURCES.
Hi, 283 : Serrure, 18.
Duvivier, 312.
Miræus, 1, 39; Cod. dip. Laur.,
Serrure, Cartul. de Saint-Bavon,
LL Van Lokeren, 1, 84: Miræus,
, 348: Vande Putte,
Lokeren, [, 84.
crit., IH, {re part, L, 40 (7)
Vande Putte, 121.
no 419, aux Arch. du
Gallia Christ., IT, 83.
sur Gand, 76.
84 ; Gallia Chri s£.,
SS. Belgii, IV, 459
Van Lokeren, !, 84.
83 (*).
Il, 2%; Van
Serrure, 18; Miræus, [, 350.
Kluit, Hist.
20: Miræus
Serrure, 48; Miræus, 1, 349.
Cartul. de Saint-Martin, fol. 10,
rovaume.
Diericex, APPOAEE au Mémoire
Vande Putte, 412; Van Lokeren, I, [Il, 83.
Cartul, de Saint-Martin, #; Acta
22
DÉNOMINATIONS mm
ACTUELLES.
Coten au métier de Bruges’
Cambe {les scores de) sous Oostbourg.
Couckelaere
Dringham .
Ellemare, submergé en 14377.
Furnes (le métier de). Gerste, près de Ber- gues-St-Winoc.
Ghistelles .
Haringhe
Houttave
Jabbeke .
Kayem .
Lamedine sous Ma- riakerke.
Lapscheure.
Ledeghem .
Leffinghe
ANCIENNES.
Cota, in pago flan- drensi.
Cum Bescura ou Cam- bescura, in pago flandrensi.
Coclers ou Coclara, in pago flandrensi.
Drincham, in Flan- dria.
lumariscum, in pago flandrensi.
Ministerium furnense, in Flandria.
Gersta, in pago flan- drensi.
Gestella, in Flandris.
Haringa, in Flandris.
Holtauva ou Holtawa, ou Holtanna, in pago tlandrenst.
Gechbecea, in Flan-
dris.
Clehiham, in pago flandrensi.
Lamedinias, in flan- drensi pago.
Lappescura., in pago andrensi.
Ledegem, in pago flandrensi.
Latfinga, in Flandris.
LES PAGI DE LA BELGIQUE
DATES.
1047
939
981
1019
988
912
(*) Dans Mabillon, t. 1}, p. 699 : in Mempisco.
(**) Dans Miræus, t. I], p. 1151, un acte de 1107 porte :
ÉVÊCHÉS.
Tournai.
Térouane .
Térouane .
Tournai
Térouane .
Tournai
Tournai
DOYENNÉS.
Bruges.
Ardenbourg .
Oudenbourg .
Bourbôurg. .
Furnes.
Bergues
Oudenbourg .
Bruges.
Oudenbourg .
Ardenbourg .
Courtrai
Oudenbourg .
Lapiscura in pago Mempisco.
SITUATIONS
actuelles.
FI. occident., caut. de Bruges.
Zélande
FL. occident., cant. de Thourout.
Dépt du Nord, canton e Bourbourg.
Flandre occidentale .
Dép! du Nord, canton e Dunkerque.
F1. occident . cant. de Ghistelles.
FL occident. eant. de Rousbrugge.
F1. occident. cant. de Bruges.
FI. occidem., cant. de Bruges.
FI. occident., cant. de Nieuport.
FI. occident. cant. de Ghistelles.
F1. occident., cant. de Bruges.
FI. occident., cant. de Menin.
F1. occident., cant. de Ghistelles.
SOURCES.
Van Lokeren, |, 84.
Vande Putte. 81, 90, 96; Van Lo- srl 1,25; Kluit, Il, re part.
Guérard, Cart. de Saint-Bertin, 223 (”).
Gallia Christ., HE, 83.
Serrure, #4; Miræus, I. 27.
Gallia Christ., HI, 83.
Vande Putte, 109. 491; Van Lo-
keren, |, table, verho : Gersta.
Levasseur, Annales de l'église de Noyon, 134.
Ampl. coll., 1. 248.
Vande Putte, 117; Van Lokeren, E, 71; Miræus, 1,329; Serrure, !$.
Levasseur, Annales de l'église de Noyon, 134.
Vande Putte, 105; Van Lokeren. l, 46.
Mirœus. [. 6#7.
Serrure, 18 {”.
Cartul. de Saint-Martin, 10 vr. uv 119, aux Arch. du royaume.
Levasseur, 734.
ET LEURS SUBDIVISIONS.
DÉNOMINATIONS
EE
ACTUELLES.
Mecren sous Oost- bourg.
Messines
Oeren sous Alverin- ghem.
Oosthourg .
Ooteghem .
Ostald près de Water- vliet,
Poel-Cappelle sous
Langemarcq.
Ostende.
Oudenbourg
Reninghelst
Roxem .
Ruven sous Destei- donck.
St-Michel lez-Bruges.
Snellegem .
(") Dans Vande Putte, p. 81 : in pago rodanensi in loco nuncupante Cumbuscura in Ostburch.
DATES. ANCIENNES. Merena, ibid. 1037 Meshem. in Flandris. 963 Oen. in Flandria. 1065 Osthurgh, Osburg. | 937, 951, Ostburg, Osthorch. | 1037, 4030 in pago flandrensi. Otingehem , in pago 1037
flindrensi.
Ostoid ou Ostolto. in | 973. 1019.
pago flandrensi. 1030 Puola , ibid. 1037 Testereph, in pago 992 1037,
flandrensi, in Flan- 1065
dria.
Adebruc, Aldenburg. | 868, 869,988 in Flandriis.
Reningens., in Flan- 1065 dria.
Hrochashem sive Her- | 745, 770 valdolugo, Rochas.
hem sive Thcreal-
doluco.
Ruga, in pago flan- | 1119, 1030 drensi.
Wemcbrugghe,in pago 1037 flandrensi.
Sestem. Voy. Vel-
them.
Snellingehimou Snet-
lingehim, in pago 1102
tlandrensi.
(*”) Extrait dans Brequiny, t. I, p. 487.
ÉVÈCHÉS,
Tournai
Térouane .
Tournai .
Térouane .
Tournai
Térouane .
Tournai
933, FA 953, 1 Tournai
DOYENNEÉS.
Ardenbourg .
Ypres .
Furnes.
Ardenbourg .
Audenarde.
Ardenbourg .
Ypres .
Poperinghe. .
Oudenbourg .
Gand
Bruges.
Bruges.
SITUATIONS
actuelles.
Zélande .
FI. occidentale, canton d'Ypres.
F1. occidentale, canton de Furnes.
Zélande .
F1. occident. cant. de Courtrai.
FL. orientale, cant. de Capryke.
Fl. occidentale, canton d'Ypres.
Flandre occidentale. .
F1. occident. cant. de Ghistelles.
FI. occident., cant. de Poperinghe.
_FL. occident. cant. de
Ghistelles.
FI. orientale, canton d'Everghem.
FI. occident. cant. de Bruges.
F1. occident., cant. de Bruges.
23
SOURCES.
Van Lokcren, L. 84. Van Lokeren, 1, 46; Vande Putte, Gallia Christ, I, 83.
Vande Putte, 81,90, 118; Van Lo- keren, [, 84; Kluit, EH, 20 (*).
Van Lokcren. [. 84.
Vande Putte, 106; Serrure. 18; Van Lokeren, 8%; Miræus, 1, 448.
Van Lokeren, 1, 8t.
Vande Putte, 113; Van Lokeren, 8%; Gallia Christ., HI, 83.
Duvivier. Hainaut ancien, 319; Levasseur, Annales de l'église de Noyon, 134
Gallia Christ, UK. 83.
Warnkœnig, Hist. de Flandre, 1, 322, Guérard, Cart. de Saint- Bertin, 53, 59; Malbrancq, de Morinis. f, 580 (°°. |
Serrure, 19; Miræus. LI. 350.
Van Lokeren, EL. 84.
Vande Putte, 90. 92, 96. 98; Mi- ræus. Il, 939; 4mpl. coll, 1. 606; Kluit. Il, {re part. 20.
24
LES PAGI DE LA BELGIQUE
DÉNOMINATIONS RE RES
ACTUELLES.
Tubendyk entre Oost- bourg et Arden-
bourg.
Uxem. .
| Velthem sous Sainte-
Croix lez-Bruges.
| | Vladesloo .
Viisseghem.
Vulgang. près d'Oost-
bourg.
Wvugene
(7) Miræus lit à tort, t. L, p. 345 : Sesthem vel Lathergo.
ANCIENNES.
Strallant. in Flandria.
Tubinisdye, in pago flandrensi.
Ueckesham ou Veckes- ham, in pago flan- drensi.
Felthem, ibid.
Frordeslo, in pago flandrensi.
Frilingim, Fleskin- gem, in Flandriis.
Vulgangi. . . . .
Wemebrugche. Foy. Saint-Michel.
Winau, in pago flan- drensi.
DATES.
1037
981. 1030
976
992
969, 988
1047
972, 1037
ÉVÉCHÉS.
Tournai. . .
Térouane . .
Tournai. . .
DOYENNÉS.
ee ee 0e +
Ardenbourg .
Bergues .
Bruges. . .
Oudenbourg .
Bruges. . .
Ardenbourg .
Bruges. . .
SITUATIONS
actuelles.
Zélande ‘, .
set du Nord, canton de Dunkerque.
FL. occident., cant. de Bruges.
FI. occident. cant. de Dixmude.
FL occident. cant. de Bruges.
Zélande, cant. d'Oost- ourg.
FL occident. canton de Ruyssclede.
SOURCES.
Gallia Christ, HE, 84.
Van Lokeren, FE. 84.
Vande Putte, 409; Van Lokeren, I. 00, 84; Kluit, LE, {re part, 53.
Lbid., 46 :°).
Vande Patte, 113.
Vande Putte, 103; Van Lokeren. I, 13, Levasseur, 734.
Van Lokeren, #4.
Vande Putte, 105; Van Lokeren.f. Ni.
Suivant ce tableau le pagus de la Flandre s’étendait jusque dans le dépar-
tement actuel du Nord. Nous y voyons figurer : Furnes, Haringhe, Uxem, Bergues-Saint-Winoc, Dringham, Bourbourg, Boesinghe, Reninghelst, Messines, elc., localités situées loin des territoires de Bruges, de l’Écluse, d'Ysendyk, d'Ardenbourg et de Damme.
Si le comte de Bylandit est plus sagace !, il a le tort de reculer les fron-
tières du pagus de la Flandre beaucoup trop loin, en les étendant jusqu’à Calais. Aucun acte connu ne permet d'adopter cette opinion, ni de fixer les limites de ce pays au delà de PA.
! Commentatio, p. 53.
Le tableau tracé ci-dessus indique toutes les localités de la Flandre entre
ET LEURS SUBDIVISIONS. 25
les frontières du Mempisc et le pagus de Courtrai, dont elle était séparée par la Heule jusqu'à [larlebeke, par la Lys à Wacken, par la Vieille-Mandel jusqu’à l'embouchure de cette rivière dans la Lys et par la Lys jusqu’à Gand. Ensuite elle semble avoir suivi les lignes de démarcation des doyennés de Gand et de Waes près de Saeftingen, où elle rejoignait le cours de l’Escaut. La partie de ce fleuve, nommée le Hont, formait vraisemblablement la limite septentrionale du pagus. Toutefois nous n'osons rien affirmer à ce sujet, par suite des changements continuels que cette partie du pays a subis par les inondations et les endiguements. |
Six faits semblent contraires à la délimitation dont nous venons de parler. Tantôt nous invoquons les divisions géographiques du diocèse de Tournai, tantôt nous les rejetons. On nous demandera sans doute compte d'un pareil procédé. Dans l'Introduction nous avons déjà dit qu'à nos yeux les divisions lerritoriales adoptées par le clergé sont un point de départ pour les études de la géographie civile; qu'elles constituent un véritable guide, dont il n'est pas permis de s'écarter, sans d'excellentes raisons. ci rien ne s'oppose à adopter ces divisions, confirmées par tous les documents. Nulle part ne figure une localité des doyennés de Gand et de Waes, qui aurait fait partie du pagus de la Flandre.
La seconde objection consiste dans l'interprétation que l’on donne à une localité du nom de Baerla, citée dans un acte de 1026. MM. le chanoine Vande Putte et Van Lokeren pensent que Baerla est une dépendance de Tron- chiennes, commune située au centre du doyÿenné de Gand. L'acte précité de 1026 ne dit pas précisément que Baerla fût compris dans la Flandre. Voici comment le donateur s'exprime : « Ego Eremboldus.. dono et contrado allodem » mei juris quitquid in villa Baerla dicta, et quitquid in Flandris, et quit- » quid citra mare, el quitquid inibi jure hereditario passideo cum ecclesia, » domibus, etc.!.» À la rigueur ces termes peuvent être interprétés de deux manières : Erembaud donne Baerla avec d’autres biens situés en Flandre, et ceux qu'il possède en deçà de la mer. Par conséquent Baerla serait dans la Flandre. Ou bien on peut entendre la phrase dans ce sens qu'il donne Baerla
1 Van Lokreren, /, c., p. 75.
26 LES PAGI DE LA BELGIQUE
à l'abbaye, et en outre ce qui lui appartient en Flandre, plus ses possessions situées en decà de la mer. Cette dernière interprétation est, nous semble-t-il, la seule admissible, la seule aussi qui convienne au génie de la langue latine. Erembaud ayant fait trois dons : 1° de Baerla; 2° de ses biens en Flandre; 3° de ceux en decà de la mer, il n'en résulte nullement que Baerla fût compris dans la Flandre. Les lettres par lesquelles Henri Ie, roi de France, confirme, en 1037, les biens de l'abbaye de Saint-Pierre, désignent cel endroit dans le pagus wasensis, dont Tronchiennes ne faisait point partie ?, Il faut donc admettre que Baerla était situé au pays de Waes et non dans celui de la Flandre.
La troisième objection est la position que M. Van Lokeren assigne à Bauter- sande ?, localité citée, sous le nom de Boltersande, dans un acte de 1049, et située dans le pagus de la Flandre. Get auteur pense que Boltersande pourrait être une dépendance d'Everghem, dans le doyenné de Gand. Les termes si positifs de cet acte, qui place Boltersande dans le pagus d'Ardenbourg , une des subdivisions du pagus moyen de la Flandre, ne permettent pas d'adopter cette opinion. Par conséquent Boltersande faisait partie du doyenné d’Ardenbourg ou de Rodenbourg 5. Il y a eu en effet une localité du nom de Bautersande près d’Ysendyk et par conséquent dans le dovenné précité 4.
Une quatrième objection résulte d’un acte de 821, cité par Sanderus. Sui- vant cel auteur, Saeftingen, Axel et Tamise seraient compris dans le pagus de la Flandre °. Nous n'avons vu aucun document qui confirme l’assertion de San- derus concernant Saeflingen, et rien n'est moins prouvé. Sans doute Axel était situé en Flandre, comme le constate une charte de 1037 6. Quant à Tamise, nous ne pouvons admettre la position de ce village dans le pagus qui compre- nait Axel. Tous les actes connus le placent, au contraire, dans le pays de Waes.
Personne n'a vu ni cité l'acte de 821 invoqué par Sanderus, et dont il
1 Van LokEREn, /. c , p. 84.
2 Ibid., p. 240.
% € In pago flandrensi, id est in Rodenbourg, similiter Baltersande et in Lappescure. » (SernuRre, Cartulaire de Saint-Bavon, p. 18.)
# Van Lokeren, Hist. de l’abb. de Saint-Bavon, t. 1°", p. 240.
$ Flandria üll., 1.11, p. 226.
8 Van Lokeren , Cartulaire de Suint-Pierre, p. 84.
ET LEURS SUBDIVISIONS. 27
n'indique pas même la source. Persuadé, comme il l'était, de lidentité du Mempisc et de la Flandre, n'aurait-il pas confondu les deux dénominations, si tant est que l'acte ait existé? Nous n'osons pas l’affirmer. Mais il sera permis de douter de l'exactitude du dire de Sanderus, tant que l'acte n’est pas connu.
La cinquième objection résulte de la position assignée à Ouinghem, dési- gnée dans l’acte de confirmation des biens de l'abbaye du Mont-Blandin par Henri Le", roi de France, et indiquée au pagus de Flandre. M. Van Lokeren pense que c’est une mélairie à Zwynaerde, dans le pagus de Gand !. Il y a une distinction à faire au sujet des localités du nom d’Ottersum, Ottingehem, Otinghem, Othinghem, Ottemghem et Otterenghem. Aux termes de l'acte de 1037, l'abbaye possédait deux localités différentes de ce nom : l’une était un mansum in dominicatu in Oltingehem, situé en Flandre; l’autre une villa in Ottingehem cum ecclesia, dans le pagus de Courtrai. La seconde de ces localités est Ooteghem, dans la Flandre orientale, canton d’Audenarde. Quant à la première, n'est-ce pas lOttinghe, dont fait mention la keure des Quatre- Métiers de l’année 1242? Sinon, il faut admettre qu’il y a erreur dans la désignation du pagus. L'acte porte Ottinghem cum terra in Puola. Selon M. Van Lokeren, Puola se rapporterait à Pollaer, près de Ninove, au milieu du pagus du Brabant; par conséquent ni Ottinghem ni Puola ne pourraient être compris dans le pagus de la Flandre *.
Une sixième objection résulte de la transformation que l’on a faite de Hervergem en Everghem °, commune située dans le pagus gandensis, près de la ville de ce nom. Il y a probablement confusion. Suivant Gramaye, cette localité appartenait à l’abbaye de Saint-Trond à Bruges. Ne faudrait-il pas la chercher à Eerneghem, village qui était en effet situé dans le pagus de la Flandre? La lettre n a été prise sans doute pour un v, erreur très-commune dans la lecture des écritures du moyen âge.
Après avoir justifié les limites du pagus flandrensis, parlons de ses sub- divisions.
Ÿ Van Loreren, [. c., p. 479. 3 Selon M. Vande Putte, Puolara indiquerait Bottelacr, qui était également dans le Brabant.
3 Van LOKEREN, Suint-Bavon, pp. 242, 243 ; De Porter et BRoEcKAERT, Geschiedenis der gemeenten , L. IN p.35; GRamaye, Gandavum. L'un dit: in pago fland., l’autre: in pago gandensi.
28 LES PAGI DE LA BELGIQUE
$ 47. — LE PETIT PAGUS DE L’YSER.
(Payus Iserissius.)
De ce pagus nous avons trouvé une seule mention, celle que renferme un acte de 806 : én loco Flitrinto, in pago fserissio ?. Guérard assure que cette localité est représentée aujourd'hui par Fletère près de Bailleul, département du Nord, et faisait par conséquent partie du diocèse de Térouane et du doyenné de Bailleul. Cest une erreur. Flitrinio désigne Westvleteren, au diocèse de Térouane, archidiaconé de la Flandre et doyenné d'Ypres. Aujour- d'hui cette commune est comprise dans la Flandre occidentale, canton de Haringhe. Le changement de position que nous proposons au sujet de cette localité est justifié par la situation des biens que l’abbaye de Saint-Bertin possédait à Westvleteren jusqu'au moment de sa suppression. Le bois, men- lionné dans l'acte de 806, y existait encore vers la fin du siècle dernier. H en est fait mention et du village de Westvleteren dans une déclaration, dressée en 4787, des biens de l'abbaye ?. A défaut de renseignements suflisants concernant ce pagus, les auteurs se sont contentés de répéter ce qu’en a dit Wastelain. Selon cet écrivain, il comprenait les deux bords de l'Yser, cours d’eau qui, prenant sa source au nord de Saint-Omer, se jette dans la mer du Nord près de Nieuport, appelé autrefois Zserae Portus®. À ce peu de renseigne- ments, Des Roches ajoute qu'à l'année 860 la chronique d’Iperius parle de l’Iserae Portus #. Dans son travail sur la Flandre, le comte de Bylandt répète la phrase de Wastelain, et soutient que ce pagus était borné à l’orient par celui de Thourout et le Mempise, au midi par le Mempise et le pagus laeticus et à l'occident et au nord par le pagus de la Flandre Ÿ. Cette délimitation esl assez arbitraire en quelques points. Le pagus de Thourout n'a jamais existé.
* Guénano, Cartulaire de Saint-Bertin, p. 68; Marsranco, De Morinis, t. K°, p. 605.
2 Voir la déclaration des biens que l'abbaye possédait dans les Pays-Bas autrichiens en 1787. (Archives du royaume, chambre des comptes.)
3 WasSTELAIN, d. c., p. 585.
& Mém. de l’Acail. de Bruxelles, 1771, p. 52.
$ Commentatio, p. 55.
ET LEURS SUBDIVISIONS. 29
Quant au pagus laeticus, il n’a pas formé de division administrative ordinaire, mais simplement une province ou un pays habité par des laeti, ainsi que le démontre Raepsaet, dont nous adoplons entièrement les vues en ce point !. Ensuite le comte de Bylandt fait observer que Wastelain et Des Roches commeltent une erreur, en soutenant que le pagus de l'Yser était compris dans le Mempise. Ces deux auteurs ont parfaitement raison. Et la preuve la voici : Westvleteren, village situé sur la Fleterna, est indiqué par des actes de 875 et de 1077 ? dans le Mempise et par un acte de 806 dans le pagus de l’Yser 5. Esquelbecq, situé sur l'Yser même, est cité par un acte de 855 au pagus mempiscus *. Donc le pagus de l’Yser était compris dans celui du Mempisce.
La confusion que le comte de Bylandt établit en ce point provient du défaut de distinction entre le grand pagus du Mempisc et le petit pagus du même nom, en la reconnaissant ailleurs. Il n’y a donc pas de doute: Westvleteren et l’Yser étaient compris dans le pagus iserissius. Ces données, les seules que nous ayons pu recueillir au sujet de ce pagus, nous obligent d'avoir exclusivement recours à la géographie ecclésiastique afin de pou- voir établir les limites de cette circonscription territoriale. Elle comprenait probablement les doyennés d’Ypres, de Poperinghe, de Dixmude, de Furnes et de Bergues. Ces doyennés, sauf celui d'Ypres, étaient arrosés par l’Yser, circonstance qui permet de supposer qu'ils faisaient partie du
* Raepsaer, OEuvres complètes, 1. I, p. 99 et suiv. Le pagus laeticus ou pays des laten s'étendait dans le Mempisce et dans le pagus de Térouane. Il avait une signification administra- tive toute spéciale, semblable à celle du pagus Flamingorum, en allemand Flämingaw. Celui-ci désignait le district habité par les Hollandais, les Zélandais et les Flamands qui allèrent occuper les pays d'Albert de Brandenbourg et jouirent d'une juridietion particulière. (Voir Juncker, Anleithung zu der Geograyhie, p. 218.) La condition toute exceptionnelle du pagus laelicus, et la juridiction spéciale dont jouissaient les laefi nous dispensent d'en parler dans un travail qui à pour but de rechercher les divisions administratives ordinaires. Le pagus laeticus ne rentre pas mieux dans la catégorie des pagi dont nous avons fait connaître la définition dans l'introduction, que le pagus de la Fagne, le pagus ou pays des Ardennes. Par Campine, on désigne aujourd'hui une partie du territoire belge, qui n'a rien de commun avec nos divisions administratives.
3 GuérarD, Saint-Bertin, p. 117.
5 dem, 1l.c., p. 68.
# Idem, ibid., p 95.
Tome XXXIX. 7
30 LES PAGI DE LA BELGIQUE
pagus de ce nom. Il aurait donc été borné au nord par le petit pagus de la Flandre, à l’est par le même pagus et par les pagi de Courtrai, de Tournai et du Mélantois, au sud par le petit pagus de la Ménapie et à l'ouest par la mer du Nord.
Le pagus de l’Yser ne semble pas avoir eu une longue existence, et parait avoir été absorbé assez 1ôt par celui de la Flandre.
Il était subdivisé en petits pagi, dont la désignation d’un seul nous est parvenue. C'est le pagus de Morla, sans doute une vicairie, dans laquelle est cité en 899 le village de Haringhe ‘, et dont les limites sont inconnues.
$ 2. — LE PETIT PAGUS DE LA FLANDRE.
(Pagus flandrensis.)
Il se composait du territoire du pagus moyen de la Flandre, moins les pagi de l’Yser, de Rodenbourg et le petit pagus de la Ménapie.
Compris entre les limites de ces circonscriplions territoriales, le pelit pagus de la Flandre se composait des doyennés d'Oudenbourg, de Bruges et de Roulers. En ce qui concerne celui-ci, il y a une légère différence, signalée à propos de la délimitation du pagus moyen de la Flandre. Les paroisses situées près des doyennés de Courtrai et de Gand n'en faisaient pas partie.
Il est inutile, pensons-nous, de donner plus de développements au sujet de cette division territoriale, dans laquelle nous ne voyons figurer aucune localité qui appartiendrait à un autre pagus. Nous ferons seulement observer que les dénominations de pagus flandrensis données au pagus moyen et au petit pagus de ce nom, sans aucune distinction, ont fait naitre des confusions, et empêché les auteurs de reconnaitre les véritables limites de ce pays. Si de prime abord ils avaient bien établi les petits pagi compris dans le pagus moyen de la Flandre, ils se seraient aperçus qu'entre ces difé- rentes circonscriptions territoriales, il y en avait une, dont les localités ont toujours et invariablement été indiquées dans ce pagus, et qu'elles devaient
1 « In Flandris in pago Morla Villa Haringa. » (Ampliss. coll., t. 1°", p. 248.)
ET LEURS SUBDIVISIONS. 31
par conséquent former un pagus du même nom. Un passage des Acta sanctorum Belgii établit nettement cette distinction : « In Flandriis , ubi cum » Menapenses, Waseacenses et ipsos Flandrenses S. Ursmarus convertissel » ad Dominum ‘.» Ainsi, après avoir mentionné les Flandres, l'hagiographe indique en outre les Flamands proprement dits, c'est-à-dire ceux qui habitaient le petit pagus flandrensis, en les distinguant des habitants de la Ménapie à proprement parler et du pagus de Waes. Si l'hagiographe avait voulu dési- gner un seul pays, ou une seule population, ces dénominations étaient inutiles. Ce passage démontre donc qu'il y avait en Flandre deux pays dis- tincis du même nom, et qui sont évidemment le pagus mnediocris flandrensis, et le pagus minor du même nom. Ainsi expliquées, toutes les contradictions disparaissent.
$ 3. — LE PETIT PAGUS DE RODENBOURG OU ÂRDENBOURG.
(Pagus rodanensis.)
Un acte d’aliénation dressé, le 7 septembre 839, par Eginhard, abbé de Saint-Pierre à Gand, fait mention du pugus rodanensis, dont Warnkœnig a cherché le siége dans les environs de Rhodes entre Audenarde et Alost ?. M. le chanoine Vande Putte a prouvé de la manière la plus évidente que le pagus rodanensis étail dans les environs de Rodenbourg, aujourd'hui Ardenbourg, province de Zélande 5. Ce pagus était une subdivision du pagus moyen de la Flandre, comme le constate un acte de 1025 *. Dans le tableau ci-joint nous indiquons les noms des localités situées, d’après les termes mêmes des actes, au pagus d'Ardenbourg.
t Acta SS. Belgii, 1. VI, p. 297.
? Histoire de Flandre, t. K, pp. 200 et 295.
5 Annales de lu Société d’Émulation de Bruges, 1" sèr., t. NI, p. 200; De BasT, Anti- quités de Flandre, 1. H, p. 226, avait déjà dit que Rodenbourg cst aujourd'hui Ardenbourg.
# Senrure, Carlulaire de Suint-Bavon, p.18.
LES PAGI DE LA BELGIQUE
TABLEAU DES LOCALITÉS SISES DANS LE PAGUS D'ARDENBOURG (RODANENSIS).
DÉNOMINATIONS
ER. en —
ACTUELLES.
Adegem .
Ardenbourg
Cambescore sous Oosthourg.
Distele, dépendance de Saint-Georges.
Vake, dépendance de Saint-Laurent.
Oostburch .
Rubendyk entre Oost-
bourg et Arden- bourg.
Rodenburg. Foy. Ar- denbourg.
Wiclinghem (détruit.
(") M. Vande Putle croit qu'il s'agit ici de Lapscheure. Nous preferons l'explication d'Ab Utrecht Dresselhuis, qui y voit le Srhore de Cambe. (Nieurre
ANCIENNES.
Addingahem ou Hat- Ungim super fluv. Maris . in pago ro- dar:insi.
Rodeubureh, in pago rodanensi.
Beringhamma super fluv. Absinthua, in paso rodanensi.
Cambhescura, in pago rodanensi,
Dudece.in pago ro- danensi.
Facum vel Vatine su- per fluvioium Absen- thia agrum Facheri, in pago rodanensi.
Greveninsa, hi pago
rodancnsi.
Lociwirdi, in pago rodanensi.
Osthureh, in pago rodanensi.
Tubindic,quod est in- ter Ostburg et roda- nensein villam, id est rodenburch.
Wadriscaput, in pago rodanense prope fluvio Alaris.
Wiclingim ou Wielin- gahem, in pago ro- danensi,
DATE. ÉVÉCIIÉS.
/ SI 1 à 870 Tournai
707, 1025 > 81 839 Tournai 095,711 . p 839 ” Tournai 1025 » 811 à 870
werken van het Zeeuwsch Genootschap, 17 partie, p. 70). (**} Daus Van Lokeren, p. 14, in pago flundrensi.
(”**) M. Van Lokeren pense que Wielingim designe Wylegem, dépendance de Boucle-Saint-Denis, arrondissement d'Audenarde, canton de Hoorebeke- Sainte-Marie. Nous croyons difficilement à une interpretation semblable, »i, comme l'acte le dit, Wielingaliem était situé dans le pagus de Rodenbourg. Wieligen disparut par l'inondation de 1377 et a luisse son nom aux eaux dites Wielingen dans la province de Zelande,
DOYENNÉS.
Ardenbourg
Ardenbourg .
Ardenbourg .
SITUATIONS
actuelles.
Flandre orientale, can- ton d'Eccloo.
Zélande, canton de l'Ecluse.
Zélande, cant. d'Oost- bourg.
FI. occident., cant. de bruges.
FI. occident., canton d'Eccloo.
Zélande, cant.d'Oost- bourg.
SOURCES.
Vande Putte, 82; Van Lokeren., 15. |
Vande Putte, 83. 120; Van Loke- ren, 7, 14; Serrure, 18, in pago flandrensi.
Vande Putte, 76; Van Lokeren, 6. Vande Putte, 81 (°). Vande Putte, 76; Van Lokeren, 1,
Warnkœnis, |, 326: Vande Putte, 18, 80; Van Lokeren, 1, 18. | |
Vande Putte,81; Van Lokeren, 14. Vande Putte, {, 80.
Vande Putte, 81: Van Lokeren, I. 8+. |
Vande Putte, 120; Van Lokeren, 1, 74.
WarnkϾnig, 326; Van Lokeren, f, 15.
Vande Putte, 78; Warnkœænig, |, 326; Van Lokeren, [,126°°°).
ET LEURS SUBDIVISIONS. 33
La liste reproduite ci-dessus prouve que les limites de cette circonscription lerriloriale suivaient en grande partie celles du doyenné du même nom, en S'étendant bien plus au nord. Du Swyn les limites du doyenné de Rodenbourg arrivaient jusqu’à l'Écluse. Elles côtoyaient le cours d’eau, dit Badensvliet, qui, passant entre Hoecke et Lapscheure , aboutit à Vlienderhage. Ensuite elles passaient entre Sysseele et Maldegem, entre Assebrouck et Oedelem, Wynegem et Saint-Georges, Waetervliet et Bassevelde, Assenede et Bouchaute où elles rejoignaient le cours d'eau, dit Brackman, jusqu'à l'Escaut. Quant aux limites septentrionales de ce pagus, nous reconnaissons volontiers l'impossibilité de les déterminer d'une manière exacte. Les inon- dations et la dépression des côtes de la mer du Nord y ont introduit des changements continucls.
Le pagus de Rodenbourg était subdivisé en petites circonscriptions, sur lesquelles nous n'avons pas pu recueillir des renseignements suflisants. Un acte de 984 mentionne la villa Isendic in pago gasterna super fluvium Beverna !. Ce petit district semble avoir reçu son nom de Gaternisse près d'Oosthbourg. Un acte inédit de l’abbaye d'Eename du milieu du XI siècle fait encore mention d'un pagus d'Oostbourg. C'étaient probablement des subdivisions du petit pagus de Rodenbourg, des vicairies peut-être, ou de simples juridictions.
$ 4. — LE PETIT PAGUS DE LA MÉNAPIE.
Cette division territoriale embrassail tout le pays entre l'A, la Neuve- Fosse, le pagus de l’Yser, la mer du Nord et la Lys. Par conséquent elle correspondait à une partie des doyennés de Bourbourg, de Saint-Omer et d’Arques et aux doyennés complets de Merville, de Bergues et de Bailleul. Elles avaient donc suivi la frontière actuelle de la Belgique jusqu'à Watou, puis les limites occidentales de Winnezeele, Steenvoorde, Saint-Sylvestre-
! Sanpenus, Fland. ill, t. 1, p. 207; Kewur, L. c., t. 1°, 2° part., p. 155; A8 Urrecur DRes- seLuuis, De provincie Zeeland, p. 81; Vaxoex Bercu, Handboek der Nederlandsche geogra- phie, p. 226.
34 LES PAGI DE LA BELGIQUE
Cappelle, Caestre, Eecke, Berthen, Locre et Dranoutre, où elles rejoignaient les frontières belges.
Par cette délimitation nous nous mettons en désaccord complet avec toutes les idées reçues jusqu'à ce jour au sujet de la position de ce petit pagus. Confondant le pagus major du Mempisce avec le petit pagus du même nom, des écrivains l'ont cherché parlout où cette désignation est accolée à une paroisse, sans établir aucune distinction. Finalement, ils ont admis que le pagus comprenait les quartiers de Bourbourg, de Bergues, de Gand, de Cassel, d'Ypres, de Lille et de Tournai jusqu à l'Escaut ?. Cette circonscription, par trop arbitraire, devait choquer le bon sens. Pourquoi exclure du Mempise le pagus de Courtrai, une partie de celui de Gand, le pagus entier de Roden- bourg et celui de Waes ? Des localités de chacun de ces pagi sont cependant désignées par les actes dans la Ménapie. En ne les comprenant pas dans le Mempise, il fallait admettre forcément l'existence d'un petit pagus du même nom. Le comte de Bylandt fut le premier à reconnaitre cette nécessité. Selon cet écrivain il faut distinguer le petit du grand pagus : « Pago mempisco » sensu angusliori, » dit-il, « ubi erant Poperinga, Truncinium, Viro- » viacum, Helsoca, Castellum, Ipra, Leodedriga, Comineum, Wastena » aliaque loca, quorum nomina in diplomati Caroli Calvi anno 847 » S. Amando dato inveniuntur ?. » Nous reprocherons à l’auteur de cette délimitation d'avoir confondu, comme ses prédécesseurs, une partie du grand pagus de la Ménapie avec le petit pagus de ce nom. Selon ce système de division, les localités situées dans le pagus de l’Yser et plusieurs de celles que les diplômes indiquent dans le grand pagus de la Ménapie, sont confon- dues et réunies à celles du petit pagus. À ce titre il faudrait y faire rentrer aussi les paroisses du pagi de Gand, de Rodenbourg, de Courtrai et de Waes._ Enfin, selon cet auteur, le pagus de l’Yser s'étendait de Wattine à Nieuport. Dans cette hypothèse le petit pagus du Mempisc serait réduit à des propor- lions bien minimes. Quoi qu’en dise le comte de Bylandt, tout le pays compris dans le petit pagus de la Flandre et dans le pagus de Gand, dont Tronchiennes faisait partie, ne pouvait se trouver dans le petit pagus de la Ménapie.
1 WasTELAIN, p. 585; Des Rocaes, p. 50. ? Commentatio, p. 38.
ET LEURS SUBDIVISIONS. 35
M. le baron Kervyn de Lettenhove fixe les limites du Mempisc de la manière suivante : « Au nord Tronchiennes et Somergem, au sud Wacken, » à l’est le pagus de Gand ‘. » Tronchiennes faisait partie du pagus de Gand ?, Somergem était compris dans les pagus de Waes 5, Wacken était située dans le pagus de Courtrai *. Partant toutes ces paroisses et celles situées dans leur voisinage ne peuvent appartenir au Mempisc pris dans le sens restreint. Ou bien l'historien des Flandres entendrait-il fixer de cette manière les limites du grand pagus du Mempisc ? Dans ce cas, il serait obligé de les étendre bien plus loin, comme nous l'avons fait voir au commencement de ce travail.
Dans leur histoire des Carlovingiens, MM. Warnkænig et Gérard suivent les errements de leurs devanciers, tout en reconnaissant que la situation et les limites de ce pagus sont peu connues *.
Quant à nous, nous comprenons la position du petit pagus de la Ménapie d'une autre manière. Îl faisait partie du pagus moyen de la Flandre : Flan- drenses et Menapes junguntur confines, est-il dit dans la vie de Ursmer. Bourbourg, compris dans le petit pagus de la Ménapie, a été parfois cité aussi dans le pagus de la Flandre $. Ce point admis, il faut forcément chercher le petit pagus de la Ménapie dans le pagus moyen de la Flandre, lequel était subdivisé en pagus rodanensis, en petit pagus de la Flandre et en pagus de l’Yser. Il ne reste dont plus disponible dans la Flandre d'autre territoire, auquel convient la dénomination du pagus mempiscus dans le sens restreint, que celui dont nous venons de donner la description. La plupart des localités siluées dans cette circonscription sont invariablement désignées par les actes dans le pugus mempiscus, sans dénomination d'un autre pagus. Telles sont Ledringhem, Watten, Merkeghem, Cassel, Bocsinghem,
! Histoire de Flandre, t. 1°, p.152.
2 Annales de la Société d'Émulation, 1° sér., t. WE, p. 207; Vanne Purre, l, c., p. 75; Van LokEREn, p. 11. : |
$ Van LOKEREN, p, 84.
# VanDE PUTTE, p. 119.
* Tome If, p. 127.
6 VanDE Pure, p. 112; Van Lokeren, Carlulaire de Saint-Pierre, p. 8%; Garura, Christ. t. I, p. 85.
36 LES PAGI DE LA BELGIQUE
Merville, etc. Jamais les noms de ces paroisses n'ont été accolés à celui d’un autre pagus minor.
Il faut donc admettre la position du petit pagus de la Ménapie dans le territoire que nous lui indiquons. Toute autre situation est inadmissible. Dès qu'on veut le faire sortir de là, il n'y a plus moyen de le placer nulle part, et il faut se résigner à nier son existence. Et quel serait, en ce cas, le nom de cette division territoriale dont les localités sont indiquées par les documents dans le Mempisc? Un passage très-décisif de la Chronique de l’abbaye de Watten semble confirmer notre manière de voir : « Est ergo pagus inter » Legiam fluvium et flandrenses marilimos, menapia cognominatus !, » C'est précisément la position que nous assignons à la petite Ménapie. Elle était entiérement bornée au midi par la Lys, au nord et à l'est par le pays qu’habitaient les Flamands de la côte maritime, c'est-à-dire le pagus de l’Yser, circonscription éphémère qui fut assez tôt englobée dans le pagus de la Flandre.
1 T'hes. anecd. Chr. Watinensis, t. HE, p. 820. Nous reproduisons ici en entier ce passage qui donne la description d’une partie du pagus mempiscus :
« Est crgo pagus inter legiam fluvium cet flandrenses maritimos Menapia cognominatus, » cujus incola generali vocabulo ab historiographis Menapi denominantur; gens antiqua et * aspera, quac a Romanis etiam, ut veterum historia meminit, domari non potuit. Hacc non »* repcritur alieno aliquo sanguine inducta; sed quae illis sedes cadem est et origo. Hi fortis- » simis ac muralis oppidis inter se olim divisi, commune dominalivum pagi propriis a prin- » cipio in Caletos et Batavos subdivisere vocabulis. Pagi autem ipsius longitudo ab oriente » extenditur, atque ab occidente Enula * vidclicet fluvio finem excipiente terminatur; a cujus » margine paulatim sucerescente tumulo clementi proccritate mons gignitur, ct plano deductu » ad subsolanum egeslus, a septentrione ac meridie residentibus cumbis in altitudinem cumu- » latur. Nemoribus consitus, pascuis uber, olerum diversi gencris adeo ferax, ut si nolis pro- » curalc utilia, velis nolis, quasi desidiam laboratoris argucns, miro incremento germinet » inutilia. Praetcrea tam salubriter flalibus ventorum expositus, ut acris infecti seu ncbu- » larum aquarum confluentium isdem alveus exhalat, in se crassitudinem coagulari non per- » mittat. Apparet quoque ex facili quanta populi frequentia suis dicbus fuerit locus celeber, » ad quem publicac atque regales viae convenientes alhuc praemonstrantur : quarum illa quae a diffusa oriente usque ad nos dirigitur, alveo subterluente clauditur, altera vero Britanniam prospeelans ab occidente in portum Oceani terminatur. In hoc crgo monte historiarum testi- » monio quondam Batavorum colonia, modo vere Guatinensis nostra sita est ecclesia , a viro quodam religioso Odfrido nomine a radice fundata. »
Li
Li
* Les phrases suivantes démontrent que Wattene était assis sur l'Enula, nommée aujourd’hui l'A.
ET LEURS SUBDIVISIONS. 37
$ 5. — LE PRÉTENDU PAGUS DE THOUROUT.
À différentes reprises nous avons nié l'existence de ce pagus, qui est d'invention moderne. |
Une dissertation insérée dans les Acta sanctorum au sujet du monastère de Thourout a donné lieu à cette étrange création ‘. Dans un passage de cet écrit Pauteur dit : « hujus Flandriæ contiguus fuit pagus seu comitatus » Torhaltensis.. In hoc Torholtano pago est Rokashemium, vulgo Rocksem » seu Roxem. » Ces faits ne sont établis par aucun document. La présence d’un comte à Thourout ne prouve nullement l'existence d’un comté de Thou- rout, comme cel auteur le prétend à tort, el Roxem n'est indiqué par aucun document dans le pagus de ce nom. À ces suppositions Raepsaet en ajoute d’autres, qui ont fait admettre l'existence de ce pagus sans être mentionné par aucun acte ancien. « Une contradiction plus apparente, mais plus frappante s'offre, dit Raepsaet, dans Rocashem, aujourd'hui Roxem; le P. Henschenius et Des Roches, rencontrant ce lieu dans le Therealdo luco in pago flandrensi, placent le pagus thorolianus in pago flandrensi; tandis qu'une charte de l'année 743 ?, rapportée par MM. de Bréquigny et du Theil, le place dans le Mempisco (Des Roches, Mémoire couronné de 1770; Bréquigny, t. Er, p.487); et c'est précisément cette contradiction apparente, qui ne contribuera pas peu à justifier la délimitation entre la Flandre et le Mempisce *. » Raepsaet fait ici une confusion dont nous ne pouvons pas expliquer l'ori- gine. Ni Bréquigny, ni Des Roches ne disent mot du pagus de Thourout. En publiant la charte de 745, le premier de ces auteurs enseigne précisément le contraire de ee que Raepsaet avance : « in loco nuncupante Rochassem » sive Therealdo luco in pago flandrensi 4. » Quant au Therealdo luco ou loco, qui a fait l'objet de tant de recherches, il n'a jamais existé,
1 Tomel®, février, p. 596.
? Aucune charte de 745 ne parle du Therealdo luco ; il faut lire 745. Cette erreur tvpogra- phique a donné lieu à de singulières méprises.
8 Rarrsaer, OEuvres complètes, t. II, p. 105.
# BRÉQUIGNY, t. 1°", p. 487.
Toue XAXIX. 8
38 LES PAGI DE LA BELGIQUE
Vérification faite de la charte originale, dont Warnkænig publie un fac-simile et une bonne copie imprimée, il y a : « in loco nuncupante Hrochashem » sive Hevaldolugo, in pago flandrensi. » Ainsi le Therealdo luco est tout bonnement Hevaldolugo, qui n’a rien de commun ni avec la forêt de Thourout, ni avec le pagus de ce nom. Une mauvaise lecture a donné lieu à une fausse interprétation et a suggéré des suppositions impossibles.
Le comte de Bylandt, se fiant au dire de Raepsaet, affirme l'existence de ce pagus. Enfin, ce qui est plus singulier encore, Warnkænig, qui en 1835 avait, sans le savoir, détruit l’existence du Therealdo luco par la publication de la charte originale, ne s’en doute pas encore en 1862, et publie de nouveau toutes les erreurs avec les fautes typographiques de Raepsaet. Il finit par soutenir, malgré le texte dont il avait publié le fac-simile, que cet acte . indique le pagus de Thourout dans le Mempisc !.
Tout le raisonnement établi par Raepsaet concernant les limites entre le Mempise et la Flandre au moven de cet acte s’évanouit donc devant l'examen du document original, comme le pagus de Thourout lui-même disparait également, en présence de cette charte.
CHAPITRE IT.
LE PAGUS MOYEN DE TOURNAI. (Pagus tornacensis.)
Grégoire de Tours fait la mention la plus ancienne connue de ce pagus. Au nord et à l'ouest le territoire de cette circonscription administrative était borné par le pagus moyen de la Flandre, dont nous avons indiqué les limites à la page 24, au midi par la Scarpe, à l’est par l’Eseaut. Cette circon- scription correspondait, par conséquent, à l’archidiaconé ancien de Tournai,
1 WanngoeniG et GÉéRaRD, Histoire des Carolingiens, t. II, p. 499.
ET LEURS SUBDIVISIONS. 39
4
composé probablement des doyennés de Tournai, d'Helchin, de Lille, de Courtrai, d'Audenarde, de Gand et de Waes. Tournai, déjà mis au rang de ville sous la période romaine, a donné son nom à ce pagus ainsi qu'à la civitas entière.
Le pagus tornacensis comprenait ceux de Gand et, par conséquent, de Waes, de Courtrai, le petit pagus de Tournai, ceux du Mélantois, du Carebant et de la Pevèle. Nous allons tâcher de justifier cette délimitation.
En ce qui concerne le pagus gandensis, le fait est incontestable. Baerle, dépendance de Tronchiennes, Brakel, dépendance de Laethem -Saint- Martin, Brunna, Bucalhem sur la Lys, Driesch, Eeckhout, dépendance de Gand, le monastère de Saint-Pierre ou du Mont-Blandin en la méme ville, Hanria, Heybergen, dépendance de Laethem-Sainte-Marie, Luingue, Mache- len-lez-Deynze et sa dépendance Rameringhem, Ter Locht sous Nazareth, Tronchiennes, et Welden, dépendance de Seevergem , sont des localités du pagus de Gand. Malgré leur position dans cette circonscription administrative, ces endroits sont indiqués tantôt dans le pagus de Gand, tantôt dans celui de Tournai, tantôt dans les deux à la fois ?. Il faut, par conséquent, admettre que le pagus de Gand était compris dans celui de Tournai.
Quant au pagus de Courtrai, il en dépendait également. Avelghem et son hameau Bcekeningen, Driesch sous Waeregem, Gotthem-lez-Deynze, etc., localités situées dans le pagus de Courtrai, sont néanmoins indiquées dans le pagus curtracensis seu gandensis seu tornacensis ?. Avelghem est cité tantôt dans le pagus de Tournai, tantôt dans celui de Courtrai *.
Il n'y a donc pas doute, les pagi de Gand et de Courtrai dépendaient de celui de Tournai.
Nous n'avons pas, à dire vrai, des preuves aussi nombreuses à invoquer en ce qui concerne les pagi du Mélantois, du Carebant et de la Pevèle pour les faire relever de celui de Tournai. Cysoing et Gruson, dans la Pevèle, sont seuls cités dans le pagus de Tournai ; mais ces circonscriptions admi-
1 VanDe Pure, L. c., pp. 75, 76, 77, 78, 80, 88, 155; Van Lokenen, l. c., pp. 10, 11, 12, 44, 15.
2 VANDE PuTTE, {. c., p. 78; Van LOKEREN, p. 12.
5 SERRURE, L. c., p. 73 VANDE PuTTE, p. 111; Van LOREREN, p. 84.
40
LES PAGI DE LA BELGIQUE
nistratives avaient si peu détendue, qu’elles devaient ressortir à un pagus plus grand. Dépendaient-elles du pagus moyen de la Flandre? Évidemment non. Le territoire de celui-ci ne dépassait pas les limites septentrionales du doyenné de Courtrai. Comme le Mélantois, le Carebant et la Pevèle rele- vaient de l’archidiaconé de Tournai, ou pagus moyen du même nom, nous pouvons admettre, avec raison, que ces pagi élaient des dépendances de celui de Tournai. Dans le tableau suivant nous renseignons toutes les localités du pagus de Tournai citées, comme telles, dans les actes et diplômes, peu importe si elles appartiennent soit au pagus moyen, soit au petit pagus du même nom.
TABLEAU DES LOCALITÉS CITÉES DANS LE PAGUS DE TOURNAI.
DÉNOMINATIONS es
ACTUELLES.
Antoing. . .
Avelghem . . . .
Bacrle, dépendance de Tronchiennes.
Beekeningen, proha- blem. dépendance d'Avelghem.
ANCIENNES.
Antunio, in pago tor- nacensi,
Afflingehem, ib. . .
Barloria, ib.
Bacceningahem, prope fluv. Scalde et fluv. Larugge, ib.
Bucingehim dans les envir. de Worteghem, in comitatu curtra- cinse seu tornacinse,
DATES.
925
671,988
811 à 870
811 à 810
96+
ÉVÉCHÉS.
Cambrai .
Tournai
DOYENNÉS.
Saint -Brixhe.
Helchin
Gand .
Helchin
Audenarde, .
RAITUATIONS
actuelles.
Province de Hainaut.
FL. occidentale, arrou- dissement de Cour- trai.
FL. orient., canton de Gaud.
F1. occident. arrond. de Courtrai.
F1. orientale, canton d'Audenarde.
SOURCES.
Ampl, coll., 1,279 (°).
Serrure, 7; Vande Putte, CAron. de Saint-Pierre, {14 ; Van Lokeren. Cartularre de Saint-Pierre, 1 96; Miræus, IE, 943 (*).
|
Vande Patte, 75; Yan Lokeren, I, |
2 NP
Vande Putte, 75; Van Lokeren, I, , ue
Vande Putte, 102; Van Lokeren. I
38 ( CLELA] }.
?
h |
(*) Antoing, silué sur la rive droite de l'Escaut, appartenait au pagus du Brabant. 1 est probable qu'en indiquant cette localité dans le pagus de |
Tournai le rédacteur de la charte a voulu désigner la partie d'Antoing située sur la rive gauche de l'Escaut. S'il etait établi que cette ville était divisée
par ce fleuve, tout le terriloire sis dans les environs de cette ville et à gauche de l'Escaut devait appartenir en effet au pagus de Tournai. (**) Dans Serrure : in pago curtracense, et dans Vande Putte, Van Lokeren et Miræus : in pago lornacense.
(*”) M. Vande Putte a imprime le même acte dans les Annales de la Sorieté d'Émulation de Bruges, 1re ser., L. HIT, p. 207 et y dit : in pago lornacense,
dans la Chronique de Saint-Pierre, p. 75 : in pugo gandense. M. Van Lokeren suit la premiere leçon, qui est la plus ancienne,
(****) M. Vande Pulte mentionne la localité sans indication du pagus. Dans le Cartuluire, M. Van Lokeren indique le pagus lornarensis. 11 en est de
même dans le tome LI ,p. 208, 1re sér., Annales de la Soc. d'Émul. de Bruges.
(*****) M. Van Lokeren n'indique pas de pugus, tandis que M. Vande Putte cite le pagus curtracensis seu lornacensis. M. Vande Puite pense que Bucin- gehim désigne Boesinghem, pres d’Aire. Ni le pagus de Tournai, ni ceux de la Menapie ou de Courtrai ne se sont étendus dans ces parages. Le texte
dit, du reste, que c'est une dependance de Walebem, localité situee actuellement sous Worteghem.
DÉNOMINATIONS
ACTUELLES,
Bouvines. .
Brakel, dépendance de Laethem- Saint- Martin.
Cysoing .
Dommerswert, sous Avelghem ?
Datugnies .
Driesch sous Waere- ghem.
Eeckhout. dépendance de Gand.
Espierres . Esplechin .
Fontaine, dépendance de Mouscron.
Froidmont .
| Gand.
ANCIENNES.
Bovinas. in pago tor- nacensi.
Brakcla ou Brachela- rium, in pago gan- densi seu torna- censi.
Brunna, in pago tor- nacensi seu gan- densi.
Ceninga ou Leninga,
1b.
Cisonium. tornacensi.
in pago Domnavert super f1. Scalte, 1b. Dottiniacas, ib. . Geninga Thriusca, ib. Ekhulta, 16. Spicre, ib. . Éspelcin, ib. .° Fontaneta, 1b. . .
Frigidusmons, ib.
Monasterium Blandi- nium , 16.
ET LEURS SUBDIVISIONS.
DATES. ÉVÈCHÉS. 4107 Tournai 841 »
811 à 870 811 à 870 837 Tournai. 867 » 811 » 811 à 870 » 811 à 870 ” 4107 » 41933 » 1019, 1030 » 4107 » 815 »
DOYENNÉS.
Tournai
Gand
Tournai, .
Helchin
Courtrai. .
Gand
Helchin. .
Tournai.
Helchin.
Tournai. .
Gand
SITUATIONS
actuelles,
Département du Nord, cant. de Cysoing.
FI. orient., canton de
Nazareth,
épt du Nord, canton c Cysoing.
FL orientale. canton d'Audenarde.
FL. occidentale, canton de Courtrai.
Fl.occidentale, canton de Harlcbeke.
F1. orient., canton de Gand.
FLoccidentale, canton de Courtrai.
Prov.de Hainaut, can- ton de Tournai.
Fl. occidentale, canton de Courtrai.
Prov. de Hainaut, can- ton de Tournai.
Flandre orientale .
AA
SOURCES.
Miræus, II, 4151.
Ann. de la Soc. d'Émul., NI, 210; Vaude Putte. 75, 78; Van Loke- ren, 1, 40, 12, 14 (").
Annales, 210; Vande Putte, 78; Van Lokeren, 1, 142 (°°).
Ann, de la Soc. d'Émul., 1re sér.. I, 210, 211 (*).
Miræus, [, 64%; Van Lokcren, [, 12: Vande Putte, 71.
Ampl. coll., V, 181.
Ibid., 192.
Ann. de la Soc. d'Émul., Âre sér., IT, 211; Vande Putte, 178; Van Lokeren, L, 492 (*,.
Ann. de la Soc. d'Émul., Il, 210: tt Putte, 78; Van Lokeren ,
(be
Miræus, Il, 4151.
Le Glay, Nouv. Analectes, 1853, 22.
Serrure. 11.
Miræus, IT, 11451.
Vande Putte, 5 Van Lokeren, I. 45; Miræus, L, 431 (2.
(*) Dans Vande Pulte : in gandensi pago ; dans Van Lokeren, pp. 10 et 14 : in pago tornacensi seu gandensi, et dans les Annales de la Soc. d'Émulation | de Bruges, pp. 207 et 214.
| | (”} Dans Vande Putte : in pago gundense. Dans les Annales et dans Van Lokeren : in pago lornacensi seu gandense.
(**) Dans les Annales de la Soc. d’Émul. de Bruges et dans Vau Lokeren : in pago tornacensi; dans Vande Putte, p.78: in pago cortracense.
(ES
e
) Dans les Annales et dans Van Lokeren :
(°°) Miræus imprime : in pago gandense.
Geninga in pago cortracense seu tornacense ; dans Vande Putte, p. 78 : in pago cortracense seulement:
] Dans les Annales et dans Van Lokeren : in pago tornacensi seu gandensi ; dans Vande Putte : in pago gandensi.
42
DÉNOMINATIONS
ACTUELLES
Gotthem-lez-Deynze.
Gruson .
Helchin .
Hertain .
Heybergen , dépre de Lathem-St-Martin.
Hollain . . . . .
Houtaing. dépendance de Pecq.
Laethem - St- Martin. Voy. Braekel.
Lauwe . . . .
Lesdain . , . . .
Loke, dépendance de Walehem sous Wor- teghem.
Luingue?. .
ANCIENNES.
Gothem ou Gothen- gim , 6b.
Gressione, ib.. Hanria,ib.. . .
Helcinium ou Herci- nium, 1.
Horta. ib. .
Hedberga, id... . .
Hollinium ou Holi- nium, ‘6.
Holten,0.. . . .
Loa et Lo, in pago curtracense seu tor- nacense, 10.
Lesdinium. silva, 66.
Loccka, in comitatu curtracense seu tor- nacense.
Loches,nterrit. Legia.
Lainga, in pago tor- nacense.
LE PAGI DE LA BELGIQUE.
DATES.
811 à 870 870 811 à 870 871. 1107 1128 811 à #70 707,914,
1037
1107
811 à 870
974, 1037
1076
811 à 870
ÉVÈCHÉS.
Tournai.
Tournai. .
:*) _Mèmes observations qu'à la note de la page précedente.
(**) Dans les Annales et dans Van Lokeren : in pago tornacense seu gandense ; dans Vande Putte : in pugo yandense.
(***) Mèmes observations. {****) Dans les Annales et dans Van Lokeren : in pago curtracense seu lornacense ; dans Vande Putte : in pago curtracense seulement. . (*****) Dans les Annales et dans Van Lokeren : in pago tornacense, et dans Vande Putte : in pago gandense ; s'il s'agit de Luingue, il n'est pas possible de
lire in pago gandense.
DOYENNÉS.
Gand
Tournai.
Helchin.
Tournai.
Gand
Tournai.
Helchin.
Courtrai
Tournai.
Audenarde.
Helchin.
SITUATIONS
actuelles.
FI. orient, canton de Deynze.
Dépt du Nord, canton e Lannoy.
FI. occident. cant. de Courtrai.
Pros. de Hainaut.cant. ton de Tournai.
F1. orient, canton de Nazareth.
Prov. de Hainaut, can- ton d'Antoing.
Prov. de Hainaut, can- ton de Templeuve.
FI. occident, canton de Meuin.
Proy. de Hainaut, can- ton d'Antoing.
FI. orientale, canton d'Audenarde.
FI occident, canton de Courtrai.
SOURCES.
Ann. de la Soc. d'Émul., 47e sèv. IH. 211; Vande Putte. 78; Van | Lokeren, 12 6”: :
Miræus, HE, 289.
Ann., UT. 210; Vande Putie, 78; Van Lokeren, LE, 42 €”;
Ampl. coll, FE. 192; Miræus, 1151.
LeGlav. Nour. Analectes, 853. 12.
Ann. de la Soc. d'Émul., WA, 210: Vande Putte, 78; Van Lokeren. 1,12ç*).
Vaude lutte. 83, 106; Van Loke- ren, |. S+.
Miræus. LE, 1451. |
Annales, NA. 244 ; Vande Putte, 78: | Van Lokeren,Ï!. 12 (°"°1 |
Vande Putte, 106; Van Lokcren. |. 84.
Tande Putte, 102; Van Lokecren. Î. 40.
Champollion-Figeac. HT, +43.
Ann., D, 220; Vande Patte, 77; Van Lokeren, [, 12:
ACTUELLES
x
| Machelen-lez-Deynze. |
Merhaeg, dépendance d'Ovcke.
| Meer ou Maire sous | Tournai.
| Mespeleir ? sous Zele.
| Mooreghem.
Neuville, dans les en- virons de Tournai.
Neuville-en-Ferrain.
| Ooteghem .
Ramegnies-Chin .
|
(
| Rameringhem sous
| Machelen.
Ragce, ee d'Avelghem.
Le > à
| Scarpe, rivière
Spier sous Ruysse- lede,
| |
BÉNOMINATIONS
ANCIENNES.
Li
Madria, in pago tor- nacense.
Machlinum ou Mag- linum, in pago tor- nacense.
Merahaga, in comita- tu curtracense seu tornacense.
Merhas, in pago tor- nacensi.
Mespilarios, tb.
Moringehim, in co- mitatu curtracense seu tornacense.
Novavilla, apud cas- trum Tornacum, in pago tornacense.
Novarilla, id. .
Ostrehem ou Ostre- him, in comitatu curtracense seutor- nacinse.
Hoica, in comitatu curtracense seu tor- nacense.
Ramelgeis, in pago tornacense.
Rameria ou Rama- ringahemia, 10.
Rucga secus fluvium Scaldum, in pago gandensi seu tor- nacense,
Ruma, in pago tor- paceusi.
Elno fluvium, tb.
Spiere, ib. .
ET LEURS SUBDIVISIONS-
DATES.
871
811 à 870
96:
871
964
1037
871
964
964
4037
811 à 870
995
4107
4087
4107
ÉVÈCRHÉS.
Tournai
DOYENNÉS.
Courtrai .
Audenarde. .
Tournai
Waes
Audenarde. .
Tournai
Courtrai
Audenarde. .
Helchin
Courtrai .
Tournai
Gand
SITUATIONS
actuelles.
FL. orient., canton de
Deynze.
FI. orientale, canton d'Audenarde.
F1. orient., canton de Termonde.
FL orientale, canton d'Audenarde.
Pro. de Hainaut, can- ton de Tournai.
Dépt du Nord, canton e Tourcoing.
FI. orientale, canton d'Audenarde.
FI. orientale, canton d'Audenarde,
Prov. de Hainaut, can- ton de Templeuve.
FL orient., canton de Deynze.
FI. occident., arrond.
de Courtrai.
Prov. de Hainaut, can- ton d'Antoing.
Dép! du Nord, canton de Saint-Amand.
FI. occident., canton de Ruysselede.
(7) Dans les Annales et dans Van Lokeren : in pago lornacense; dans Vande Putte : in pago curlracense seu gandense. (”) M. Van Lokeren pense qu'il s'agit de Ramillies, arrondissement de Nivelles, canton de Jodoigne, supposition inadmissible, (”**) Dans les Annales et dans Van Lokeren : in pago lornacense; dans Vande Putte : gandensi.
43
SOURCES.
Ampl. coll., 1, 492.
Ann., 209; Vande Putte, 76; Van Lokeren, 11 (°).
se Putte, 402; Van Lokeren, F,
Vande Putte, 83; Van Lokeren, I, 7.
Ampl. coll., 1, 192.
SE Putte, 102; Van Lokeren, I,
Van Lokeren, I, 84.
Ampl. coil., I, 192.
ae Putte, 402; Van Lokeren, I,
lbid,
Van Lokeren, I, 84 (**).
Annales, 111,210; Vande Putte, 77; Van Lokeren, F, 42 (°**).
re Putte, 1414; Van Lokeren, I,
Miræus, IT, 4151.
Van Lokeren, I, 8#.
Miræus, Il, 1151.
44
DÉNOMINATIONS
EEE
ACTUELLES.
Templeuve. Terlocht sous Naza- reth. Thun-Saint-Amand. Tronchiennes .
Velvain sous Wez.
Walehem dépendance, de Worteghem. Foy. aussi Bucingehim.
LE Wattrelos .
Welden, dépendance de Seevergem.
Wez,. . .
Willemeau .
(*) Dansles Annales et dans Van Lokeren: Dansles Annales et dans Van Lokeren : Dansles Annales et dans Van Lokeren :
(”) ç"**) ("***) É]
ANCIENNES.
Templovium, ib...
Tialoth, in pago tor- nacenise SCU gan- dense.
Thietboldingim et
Thiabodingahem su-
per Schaldum, 10.
Tunnes, 1.
Truncinias, in pago tornacensi.
Velvin, tb, .
Vileria, in pago tor- nacensi.
Vinpinga, in pago curtracense seu Lor- nacense.
Walehem, in pago curtracense sCu Lor- nacense.
Walsna , in pago tor-
nacense.
Waterlos, 1b. .
Wilde super fluv.Wil- dia, 4b.
Wernetlinigus, in pago tornacensi.
Weis, 4b.
Guillemel où Guisli- mum. in pago tor- naceusi.
Dans les Annales et dans Van Lokeren : Dans les Annales et dans Van Lokeren :
LES PAGI DE LA BELGIQUE
DOYENNÉS.
ÉVÈCHÉS.
DATES.
41413 Tournai Helchin. Gand 811 à 870 » 871 Tournai Tournai. . 811 à 870 » » 4143 à 1145 » Tournai. .
811à870 |. . .
811a870 |. . . . . .|.
964 Tournai . Audenarde. .
871 4019,1030 | Tournai Relchin
8H » Gand
813
1221 Tournai Tournai. . 909, 995, » »
1107
SITUATIONS
actuelles.
Prov. de Hainaut, can- ton de Templeuve.
FI. orent., canton de Nazareth.
Dépt du Nord, canton c Saint-Amand.
F1. orient., canton de Gand.
Prov. de Hainaut, can- ton d'Antoing.
FI. orientale, canton d'Audenarde.
Dép! du Nord, canton e Roubaix.
FI. orient., canton de Nazareth.
Prov.de Hainaut, can- ton d'Antoing.
Prov.de Hainaut, can- ton de Tournai.
in pago lornacense seu gundense ; dans Vande Putte gandense seulement. in pago tornacense; dans Vande Putte : in pago gandense. in pago lornacense ; dans Vande Putte : in pago gandense. in pago curtracense seu tornacente; dans Vande Puite : in pago curtracense. in pago tornacense ; dans Vande Putte : in pago gandense.
SOURCES.
Cart. de Saint-Martin à Tournai, 40.
Annales, VIN, 210; Vande Puite, 78; Van Lokeren, [, 42 (*).
Vande Putte, 1, 82 ; Van Lokeren,
?
Ampl. coll., 1, 192.
Annales, HI, 207; Vande Putte, 75; Van Lokeren, [, 41 (”*).
Cartul. de Saint-Martin, fol. 12 ve.
Annales, 11}, 210; Vande Putte, 17; Van Lokcren, I, 12 (°°).
Annales, 111, 211; Vande Putte, 18, Van Lokeren, 1, 42 (****;.
Vande Putte, 102; Van Lokeren, I, 40.
Ampl, coll., 1, 192.
Serrure, Cartul. de Saint-Bavon,
Annales, TT, 267; Vande Putte, 15; Van Lokeren, 1, 11 (*°°**).
Miræus, l, 645.
Cartul. manusc. des évêques de Tournai, n° 51, fol. 7, aux Arch. du royaume.
———————— ————— ———û—û——————————
Miræus, If, 1151: Ampl. coll, 1, 279; Champollion, Documents inédits, E, 418.
ET LEURS SUBDIVISIONS. 45
Le pagus moyen de Tournai était donc borné au nord par celui de Rodenbourg, à l’ouest par les petits pagi de la Flandre et de l’Yzer et par celui de Térouane, au midi par le pagus de l'Ostrevant, et à l’est par l'Escaut. Les limites de chacun de ces pagi aÿant été traitées spécialement plus haut, nous nous dispensons d'en parler ici d’une manière plus élendue.
Passons aux petits pagt dépendant du pagus moyen de Tournai, et dont nous avons donné la liste plus haut (p. 39).
$ 1°. — LE PETIT PAGUS DE COURTRAI.
(Pagus curtracensis, curtrisio, cortracensis.)
Dans son capitulaire de 853 relatif aux missi dominici, Charles le Chauve parle du Curtriciso ? ou pays de Courtrai, qui reçut sa dénomination de la ville actuelle de ce nom. La notice de l'empire fait mention des equites cortu- riacenses, corps de cavalerie formé probablement par des soldats levés dans les environs de Courtrai. Quant à la ville elle-même, dont le territoire paraît avoir été habité pendant la période romaine, elle est citée à titre de bourgade dans la Vie de saint Éloi. Sous Charles le Chauve, elle avait un atelier moné- aire, dont les deniers portent CurTriaco civis (civitas). Ce qui fait supposer qu'à cette époque elle avait rang de ville.
À dater du IX° siècle les chartes et diplômes font souvent mention du pagus de Courtrai, subdivision de celui de Tournai, comme nous allons le faire voir ?.
Ooteghem, Loke sous Walehem, dépendance de Worteghem, et Driesch sous Waereghem, etc., sont désignés dans des actes de 811 à 870 et de 965 in pago curtracinsi seu tournacensi. Ce qui signifie que le pagus de Courtrai était compris dans celui de Tournai.
Comme le constate la position des endroits mentionnés dans le tableau
Ÿ PerTz, Monumenta Germ., t. 1‘, legum, p. 426.
? Dans la Vie de saint Bertulphe, ce pagus recoit le titre de comté : « Quo tempore quidam » nobilis prosapiæ Eilbodo curtracensi territorio prosidebat.…. Balduinus... comitatum curtra- » censem ditioni suae subdere cogitabat. » (Acta SS. Belg., t. V, p. 483.)
Toue XXXIX. | 9
46 LES PAGI DE LA BELGIQUE
ci-joint, le pagus de Courtrai était situé entre l’Escaut et la Heule jusqu'à Harlebeke, la Lys jusqu'à Wacken, la Vieille-Mandel jusqu'à son embou- chure dans la Lys, et cette rivière jusqu'à Gand.
À l'angle formé près de Gand par les cours de la Lys et de l'Escaut se trouvait une petite subdivision appartenant au pagus de Courtrai. À cause du voisinage de Gand on la confondait souvent avec le pagus de ce nom. Ainsi Afsné sur la rive gauche de la Lys est néanmoins indiqué dans le pagus de Gand !, |
Le pagus de Courtrai se nommait aussi pagus de la Lys, rivière qui arrosait son terriloire. Dans un capitulaire de 877, Charles le Chauve le nomme Lisga ©.
Dans trois actes relatifs à la situation du monastère du Mont Blandin à Gand, il est nommé Listrigaugensis.
Le premier de ces documents, daté de 977 et scellé par Otton IT, dit : Monasterium Blandinium situm in pago curtracinse vel listrigaugense super Scaldum ‘. Le second, scellé par Ouon IIT, en 988, répète les mêmes termes; seulement les mots super Scaldum sont remplacés par inter decursus duorum fiuminum Scaldis et Legie #. Le troisième est un acte par lequel le pape Jean XVI ratifie, en 993, les possessions du monastère précité $. Le mot curtracinse y est remplacé par gandensi. Celle circonstance et l'indication du village d’Afsné dans le pagus de Gand font voir que, près de cette ville, il y avail une certaine confusion dans les dénominations des pagi. Dans la Vie de l'abbé Poppon, il est parlé aussi du Listrigaugensis, à propos du lieu de naissance de ce saint 5. Dans le diplôme de Philippe [*, roi de France, de 1076, ce territoire est nommé Terriorium Legia, à propos de la situation de Huysse 7. Nous avons trouvé dans ce pagus les lieux suivants :
1 VanDe Purre, pp. 76, 85; VAN LOkEREN, p. 41.
2 BaLuze, t. II, p. 268. |
8 Keuir, l. c., t. I, 4" part., p. 49.
$ Van LoKErEn, [. c., p. 57.
ÿ Jbid., p. 62.
6 Acta SS. ord. S. Bened. Saecul V1, t. 1°, p. 572; Acta SS., t. IL, janvier, pp. 658, 639. . T Cuaspoczion Ficeac, Documents hist., t. III, p. 445.
RE ———————————
| BÉNOMINATIONS | a
| ACTUELLES.
| Asper. .
|
|
| Autrvve .
| Avelshem . .
|
| Auwegem .
| | Beekeningen près de 1 Wortechem.
|
! Beveren - lez - Aude - | narde.
Beveren-lez-Courtrai.
Rossuyt. . . Caeneghem. . Corghem? . . Cruyshautem . Desselghem .
Driesch sous Wacre- \ yglhem.
ANCIENNES.
Haspera, in pago cur- tracinse.
Altaripa, in pago cur- tracensi.
Avlingehem ou Afflin- gehem, in pago cur- tracense,.
Aldengem, in pago curtracensi.
Bucingehim, in co- mitatu curtracense seu tornacense.
Beverna, in pago cur- lracensc.
Beverna, alia, 4b.
Bussuth, 56. .
Caningahem , id...
Culingahem ou Cu- lingim , 40.
Holthem, ib. .
Trassaldingehim ou
Thrasseltinsehim, 16.
Gegninga Thriusca, in pago curtracense seu tornacinse.
_ ET LEURS SUBDIVISIONS.
DATES.
967 1037 967,988
1019, 1030
1037 967 811 à 870 1019, 1030 963, 1037
811 à 870
EVÉCIIÉS.
Tournai. .
DOYENNEÉS.
Audenarde. .
Helchin. .
Audenarde. .
Helchin. .
Gand
Helchin.
Audenarde. .
Courtrai .
SITUATIONS
actuelles.
Flaudre orient... can- ton de Nazareth.
FI. occident., canton d'Avelghem.
FI. occident, arrond. de Courtrai.
FL. orient., canton de Cruyshautem.
FI. orientale, canton d'Audenarde.
FI. orient., cant. d'Au- denarde.
FI. occident. canton de Harlebeke.
FI. occident., canton d'Avelghem.
F1. occident., cant. de Meulebeke.
FI. occident., canton de Courtrai.
FL. orient., arrond. de Gand.
Fi. occident., canton de Harlebeke.
FI. occident., canton de Harlebeke.
(*) Dans Serrure : in pago curtracensi ; dans Vande Putte et dans Van Lokeren : in pago lornacense.
(**) M. Van Lokeren ne cite pas de pagus, mais M. Vande Putte indique le comitalus curtracensis seu tornacensis. Selon le second de ces auteurs, Bucin- gehim serait représenté aujourd'hui par Boesinghem près d'Aire. Nous ne pouvons admettre cette interprétation. Bucingehim était, selon les termes
! de l'acte, pres de Walehem, dépendance de Worteghem. | ("**; Dans les Ænnales et dans Van Lokeren : in pago curtracinse seu lornacinse ; dans Vande Putte : in pago curtracense seulerent.
47
TABLEAU DES LOCALITÉS CITÉES DANS LE PETIT PAGUS DE COURTRAI.
SOURCES.
Serrure, 11. Van Lokeren, [, 84.
Serrure, 7; Van Lokcren, I, 56; Vande Putte, 111 (*).
Serrure, 11.
Vande Putie, 102; Van Lokeren, 1,38 (°°).
Vande Putte, 93; Van Lokeren, 1, 38.
Vande Putte, 93; Van Lokeren, I, 38.
Van Lokeren , [, 84.
Serrure, 1.
Vande Putte. 79; Van Lokeren, E,
Serrure, 17.
Vande Putte, 93; Van Lokeren, I, 38, 84.
Annales, 211; Vande Putte, 78; Van Lokeren, [, 12 (°°°).
48
DÉNOMINATIONS
nn.
ACTUELLES.
Flireghem sous Wa- ehem.
Gand. Gotthem-lez-Deynze.
Grootebeek, ruisseau sur leq. sont situés Vichte, Waereghem et Vive-Saint-Eloy.
Gulleghem. . . .
Hutteghem sous Be- veren - lez - Aude - naurde.
Huysse?.
auwe
Loke, dépendance de Walehem sous Wor- teghem.
Merhaeg, dépendanec d'Oycke. :
Methela, forêt entre Desselghem et Beve- ren, actment dérodée.
ANCIENNES.
Elsoca ou Elisachia,
in pago curtracensi.
Filersa, ib.
Fliringehim, 66. .
Monasterium Blan- dinium, in pago curtracense vel lis- trigaugensi.
Gothem, in pago cur- tracense seu torna- cense.
Viva fluviolum, in pago curtracense.
Gutdingahem, 6.
Handelingehim, ib.
Otingehem, in pago curtracensi.
Nuhux, in territorio Legia.
Loa et Lo, in pago curtracinse seu tor- nacinse.
Loccka, in comitatu curtracinse seu tor- nacinse.
Loches in territ. Legia.
Merehaga, in pago curtracense seu tor- nacense.
Methela, forestum in pago curtracense,
LES PAGI DE LA BELGIQUE
DATES.
SP 841 à 870 964 988 881 à 870 96: 967 961 1037 1076 811 à 870 965 1076 964
964
ÉVÈCHES.
Tournai. .
Tournai. . .
Tournai. .
Tournai. .
DOYENNÉS.
Audenarde. .
Audenarde. . Gand Gand
Courtrai et Au- denarde.
Audenarde. .
Courtrai .
Audenarde. .
Audenarde. .
Courtrai .
SITUATIONS
actuelles.
FI. orientale, canton d'Audenarde.
FL. orientale, canton d'Audenarde.
Flandre orientale .
FI. orient., canton de Deynze.
Flandre orientale .
FL. occident., cant. de Moorseele.
FI. orientale, canton d'Audenarde.
FI. orient., canton de Cruyshautem.
FI. occident., cant. de Menin.
FI. orientale, canton d'Audcnarde.
FI. orientale, canton d'Audenarde.
FL occident., canton de Harlebeke.
SOURCES.
Serrure, 7, 17 (°).
Vande Putte, 79; Van Lokeren, 1, 43.
ee Patte, 93; Van Lokeren, I,
Van Lokeren, I, 57.
Annales, 211; Vande Putte, 78; Van Lokeren, 1, 142 (*”).
rate Putte, 93; Van Lokeren, I,
Serrure, 7.
Vande Putte, 93; Van Lokeren, I, 38, 42.
Van Lokeren, I, 84.
Champollion, II, 443 (***).
Aunales, 211; Vande Putte, 78; Van Lokeren, 1,192 (**°).
Vande Putte, 102.
Champollion, IT, 443.
Vande Putte, 402.
ne Putte, 93; Van Lokeren, I,
(*} Ce n'est pas la même localité que Helsocum, dans le Mempisc, que Wastelain traduit par Esche ou Eeke (p. 386), où saint Vulmer pratiqua la
vie érémitique.
(**) Dans les Annales et dans Van Lokeren : in pago curtracensi seu lornacensi ; dans Vande Putte : in pago curtracense seulement. (***) Des copies authentiques de ce diplôme portent Nuhus.
(7,
P- 476, pense à tort que Loa désigne Loo, qui faisait partie du pagus de l’Yser.
) Dans les Annales et dans Van Lokeren : in pago curiracensi seu tornacensi; dans Vande Putte : in pago curtracensi seulement. M. Van Lokeren,
PQ nn — PP
| |
ET LEURS SUBDIVISIONS.
BDÉNOMINATIONS 200
ACTUELLES.
| Mooreghem
| Nokere. Voy. Rode.
Ooteshem . .
| | Oycke RS
| Peteghem sous Wae- | reghem.
! Rode sous Nokere?
| Rugge sous Avelshem.
| ER Re |
Tieghem? . .
| | |
ANCIENNES.
Moringehim, in comi- 96 tatu curtracensi scu tornacensi.
Odeka, in pago cur- 1037 tracensi. Ostrehem ou Ostre- 963 him, in comitatu curtracensi seu tor- nacensi. | Hoica, in comitatu 965 curtracensiseu tor- - nacensi. Pottingehim, sccus 964 fluvio.Vivia in pago curtracense. Rothe ou Rodha, ib. 811 à 870 Ruggæ, id. . 4037 Sudaccara, tb. 811 à 870 Sausele, tb. 964 Selmetrodha, ib. 811 à 870
Siggenhem ou Sig- gengahem, 16.
Stenbecca, ib. . . 96+
Tatingehim, ib. , . 964
Traslingehem, voy. 4037 Desselghem. Tippingehim, ib. 964
811 à 870, 967
ÉVÊCRHÉS.
Tournai .
Tournai. .
Tournai. .
Tournai. .
DOYENNÉS.
Audenarde. .
Audenarde. .
Courtrai .
Audenarde. .
Helchin. .
Audenarde.
Audenarde. .
SITUATIONS
actuelles.
FI. orientale, canton d'Audenarde.
FI. orientale, canton d'Audenarde.
FI. orientale, canton d'Audenarde.
FI. orientale, canton de Harlebeke.
FL orientale, canton d'Audenarde.
FI. occidentale, canton d'Avelghem.
Fl. orient., canton de Cruyshautem.
FI. occident., canton d'Avelghem.
49
SOURCES.
‘ae Putte, 102; Van Lokeren, I,
Van Lokeren, I, 84.
ue Putte, 402; Van Lokeren, I,
Ibid.
Vans Putte, 93; Van Lokeren, I,
ee Putte, 19; Van Lokeren, 1},
Van Lokeren, I, 84.
vend Putte, 79; Van Lokeren, I,
Vande Putte, 93; Van Lokeren, I, 38.
Qu Putte, 79; Van Lokeren, },
Vande Putte, 82; Van Lokeren, I,
44; Serrure, 1.
Vande LUE 93 ; Van Lokeren, I, s +
Vande Putte,93; Van Lokeren, E, 38, 42 (”).
Van Lokeren, I, 119.
vie Putte, 93; Van Lokeren, I, 38.
(9 M. Van Lokeren traduit Tatingehim par Tetegem dans le pagus de Térouane, ce qui est inadmissible, Tatingehim semble étre situé, selon l'acte, dans le pagus de Courtrai.
50
DÉNOMINATIONS
mms
ACTUELLES. ANCIENNES. Vichte. Voy. Graote- beek et Winsberge. Miss Vinpinga, in pago curtracense seu tor- nacense.
Vive-Saint-Éloy. Voy. Grootebeek.
Wacken. Wackinna, in pago
curtracensi.
Waereghem. . . .| Waringim, in pago
curiracensi.
tatu curtracense
Walehem, dépendanct seu tornacense. de Worteghem. . Walehem, in pago
"au in comi- \ curtraccnse.
?... . . . . . |] Westaccara, in pago curiracensi.
Wielsbceke. . . Willesbecca, id. . .
Winsberge (bois de)
Foret, forestum juxta sous Vichte.
fluviol. Fista, 6b.
Worteghem.Voy.Wa- lehem.
LES PAGI DE LA BELGIQUE
DATES.
811 à 870
1010
992
961
4037
811 à 870
DOYENNÉS.
ÉVÉCHÉS.
Tournai. . . » Roulers. . . » Courtrai . . » Audenarde, . » Courtrai . . » Audenarde. .
AITUATIONS
actuelles.
FI. occident., canton d'Oostroosebcke.
FI. occident., canton de Harlebeke.
FI. orientale, canton d'Audenarde.
FI. occident., canton d'Oostrooscheke.
FI. orientale. .
SOURCES.
Annales, 211; Vande Putte, 78; Van Lokeren, 1, 42 (*;.
Vande Putte, 119; Van Lokeren, 1
84 ("*). |
| Vande Putte, 1,11#; Van Lokeren, |
E, 60. | va Putte, 102; Van Lokeren, I, |
| Van Lokeren, I, 84.
| Vande Putte, 79; Van Lokeren, I, | 43. Cartulaire manuscrit de Saint- Martin a Tournai.
rss Putte, 93; Van Lokeren, I,
(*) Dans les Æ#nnales et dans Van Lokeren : in pago curiracensi seu lornacensi; dans Vande Putte : in pago curtracensi seulement. | (”*) A la page 20 du même ouvrage, Wacken est indiqué dans le Mempisc ; ces deux leçons démontrent que le pagus de Courtrai dependait, comme |
nous l'avons dit, de celui du Mempisc.
Le pagus de Courtrai était placé entre le pagus minor de la Flandre, don la Mandel et la Lys le séparaient, entre le pagus brabantensis près de l'Escaut, et le pagus minor de Tournai. Ces limites élant parfaitement dessinées par ces trois rivières, il s'agit simplement de déterminer celles qui touchaient au
pagus de Tournai.
D'un côté nous avons Autryve, Bossuyt et Coyghem, dépendances du pagus de Courtrai; de l’autre côté, et au midi de ces villages, nous voyons figurer Helchin dans le pagus de Tournai. Les deux pagi se séparaient donc
ET LEURS SUBDIVISIONS. 51
entre ces villages. Puis nous ne trouvons plus aucun guide jusqu’à Lauwe, compris dans le pagus de Courtrai. Il est donc probable qu’en remontant le ruisseau de Saint-Genois, les limites des deux pagi rejoignaient celles du doyenné de Courtrai, jusqu’à la Lys près de Wervicq. Nous basons cette conjecture sur l'identité que présentent souvent les lignes de démarcation des doyennés avec celles des petits pagt, et par la situation de Lauwe dans le pagus de Courtrai. Cette localité touchait aux limites du doyenné de Courtrai.
$ 2. — LE PETIT PAGUS OU LA VICAIRIE DE TOURNAI.
(Pagus ou vicaria lornacensis.)
Dépendant du grand pagus de Tournai, le petit territoire du même nom, appelé aussi vicaria tornaico ! était borné au nord par le pagus de Courtrai, dont nous venons de parler (p. 45), à l’ouest par la Marcque, dénomination qui indique une démarcation, à l’est par l'Escaut et au sud par la Scarpe jusque près de Saint-Amand. Dans les environs de cette ville les limites du petit pagus de Tournai ou plutôt de la vicairie de ce nom passaient au nord de la cité, où elles remontaient et suivaient ensuite le tracé des frontières belges jusqu'au nord de Camphin en Pevéle. C'était, comme on le voit, en partie le doyenné de Tournai, moins le territoire de la Pevèle.
Les lignes de démarcation, dont nous avons traité dans les paragraphes précédents, font mieux comprendre la circonscription de la vicairie de Tournai.
$ 3. — LE PETIT PAGUS DE GAND.
(Pagus gandensis.)
Baudimont, troisième abbé de Saint-Pierre à Gand et contemporain de saint Amand, cite dans la Vie de ce missionnaire le pagus gandensis de la manière suivante : « Per idem autem tempus, cum loca vel diœceses ob ani-
‘ Acte de 909 apud Cuampozuion Ficeac, Documents inédits, t. 1°", p. 479. Willemeau y est aussi désigné comme dépendant de la vicairie de Tournai. |
Ba LES PAGI DE LA BELGIQUE
» marum sollicitudinem vir Domini circumiret Amandus, audivit pagum esse » quemdam præter fluenta Scaldi fluvii, eui vocabulum est Gandavum . » Saint Amand y arriva entre les années 630 et 631. Telle est la première mention de cette division territoriale. Quant à la localité qui lui a donné son nom, nous avons dit plus haut qu'elle est citée dans la Vie de saint Éloi rédigée vers 672.
Se basant sur un acte de 964, qui indique Tronchiennes dans le pagus de la Ménapie, Wastelain prétend que celui de Gand ne comprenait pas tous les environs de cette ville. « Car, dit-il, tout le territoire situé à la droite de » l’Escaut appartient à l’ancien Brabant, de même que le monastère de » Saint-Bavon, situé autrefois au confluent de la Lys ?. » « D'un autre » côté, ajoute-t-il, l’abbaye de Tronchiennes, à une lieue de Gand vers le » couchant, étoit, suivant d'anciens titres, dans le Mempisc. » Il en conclut que le pagus de Gand se développait au nord dans le pays de Waes, et tant soit peu vers le midi du chef-lieu de la province actuelle de la Flandre orientale. Enfin, selon cet auteur, le pagus gandensis était borné au nord par la Wasda ou la Zélande, par l’ancien Brabant et le pagus de Ryen à l'orient, par le Mempisc et l’ancienne Flandre au couchant, et par le Cour- traisis au midi 5. Des Roches répète à peu près ce passage, mais en d’autres termes t.
Dans son Mémoire sur la Flandre, le comte de Bylandt reproduit l'affirma- tion de Des Roches sur ce pagus. Seulement il rejette l'opinion de cet auteur en ce qui concerne le pays de Waes, Bouchaute, Axel, Hulst et d’autres loca- lités énumérées, dit-il, dans son travail 5. Selon de Bylandt, ces endroits et la terre de Waes ne faisaient nullement partie du pagus de Gand.
M. Van Lokeren, qui s’est également occupé, sinon ex professo, au moins d'une manière succincte, de ce pagus, le borne à l'occident par le Mempisce et
{ Acla SS., t. I", février, p. 850.
? Wasrecain, Descripl. de la Gaule belgique, p. 376.
3 {bid.
* Dans les Mémoires de l’Académie, 1771, p. 55. Voir aussi De Suer, Chroniques de Flandre, t. 1°, Introduction, p. xxiv.
8 Commentatio, p. 39.
ET LEURS SUBDIVISIONS. 53
la Flandre, au midi par le Courtraisis, à l’orient par l’ancien Brabant et le pagus de Ryen, et au septentrion par la Zélande t.
Toutes ces opinions, sauf quelques changements, ne font que reproduire celle de Wastelain.
Fidèle au système de subdivision du Mempisc tel qu’il a été établi plus haut, nous ne pouvons pas adopter la manière de voir de cet auteur.
Le pagus de Gand s’étendait plus au nord et à l’est de Tronchiennes et de Mariakerke, comme le constate le tableau des localités situées dans cette division territoriale. Ce pagus n'était nullement borné par le Mempisc,. pour un motif bien simple : il en formait une subdivision. Quant au petit pagus du Mempisc, celui de Gand en était trop éloigné pour y toucher.
D'après ce que nous avons déjà dit, celui-ci était borné au nord par le petit pagus rodanensis, subdivision du pagus moyen de la Flandre, à l’ouest par le petit pagus de la Flandre, au midi par celui de Courtrai, puis il suivait le cours de l’Escaut jusque près de Saeftingen. Quant aux détails de cette délimi- lation, nous renvoyons, dans le but d'abréger, aux chapitres et paragraphes, dans lesquels nous avons traité de ces différents pagi. Nous nous bornerons à y ajouter quelques mots, afin de déterminer les limites du pagus de Courtrai, qui touchaient à celui de Gand. Elles y suivaient la ligne de démar- cation du doyenné de Gand, sauf près de Caeneghem, qui, selon les docu- ments, était compris dans le pagus de Courtrai, et près de Deynze, où elles côtoyaient la rive gauche de la Lys jusqu'à l'embouchure de cette rivière dans l'Escaut. Elles passaient donc entre Seevergem et Eecke, Nazareth et Auwegem, Machelen, Olsene et Gotthem, Zeveren et Wontergem, Vynckt et Aerseele, Poucques et Caeneghem, Ruysselede et Schuyffers-Capelle, où elles rejoignaient de nouveau les limites de la Flandre.
Le tableau suivant justifie cette délimitation.
1 Abbuye de Saint-Bavon, p. 3. A la page 245, l’auteur fixe d’une manière plus précise les limites entre la Ménapie et ce pagus en les faisant passer près de Mariakerke, nommé ancien- nement Marka.
Tome XXXIX. 10
D4
LES PAGI DE LA BELGIQUE
TABLEAU DES LOCALITÉS CITÉES DANS LE PETIT PAGUS DE GAND.
a DÉNOMINATIONS ACTUELLES. ANCIENNES. Afsné.
Akkerghem, dépen- dance de Gand.
Astene .
Baerle, dépendance de Tronchiennes.
Basele
Bellem”.
Bergh, dépendance de Nevele.
Blandin (mont). Foy Gand.
Brakel, dépendance de Laethem-Saint- Martin.
Afsnis, in pago gan- dinse.
Ekkerengem, in pago gandensi.
Astine, Astenneria, Ahtene, Achtine, in pago gandense.
Barloria, in pago gan- dense.
Basingasele , in pago gandense.
Bellingeberege ou Bellingaberega, in pago gandense.
Bercline ou Berechli- num, in pago gan- dense.
Berega ou Berga su- per fluv. Legia, in pago gandense.
Brakcla ou Brachela- rium , in pago gan- dense sive torna- cense.
Brunna, in pago tor- nacense seu gan- dense.
Bucalhem ou Bucel- him super fl. Legia, in pago gandense seu tornacense.
Buruclarum , in pago
gandense.
DATES.
811 à 870
4019, 1030
811 à 870,
4019, 4030
811 à 830
811 à 870
811 à 870
811 à 870
811 à 870
8H
811 à 870
811 à 870
811 à 870
ÉVÊCHÉS.
Tournai .
Tournai
DOYENNÉS.
Gand
Gand
SITUATIONS
actuelles.
Flandre occidentale, canton de Gand.
FI. orient., canton de Deynze.
FI. orient., canton de Gand.
FI. orient., canton de Tamise.
FI. orient., canton de Somergem.
FI. orient., canton de Nevele.
FI. orient., canton de Nazareth.
SOURCES.
\ante une: 76,83; Van Lokeren,
y 12e
Serrure, 18; Miræus, I, 350.
Annales, 243; Vande Putte , 80; Van Lokeren, 43; Serrure, Cart. de Saint-Bavon , 18; Miræus, },
Annales, 207; Vande Putte, 75;
Van Lokeren, 1, 41 (*).
Vande Putte, 71.
Annales, 23; Vande Putte, 80;
Van Lokeren, I, 43.
Annales, 213; Vande Putte, 80;
Van Lokeren, 1, 13.
1bid.
Annales, I, 207; Vande Putte, ne 78; Van Lokeren, I, 40, 12, À (En À
940; Vande Putte, 78; 1,12 (*°).
Annales, Van Lokeren,
Annales, 209; Vande Putte, 71; Van Lokeren, [, 11 (**"”).
Annales, 23; Van Lokeren, 1, 48.
(°) Dans les Annales de la Société d'Émulation, {re sér., t. IL, p. 207 et dans Van Lokeren : in pago tornacense ; dans Vande Putte : in pago gandinse. c *) Dans Vande Putte: in gandensi pago; dans Van Loboven. pp. 10 et 14 : in pago fornacense seu gandense, ainsi que dans les Annales, pp. 207 et 214.
(***) Dans Vande Putte : in pago gandensi ; dans Van Lokeren et dans les Annales : in pago tornacense sive gandense. (****) Dans les Annales et dans Van Lokeren : in pago gandense seu lornacense; dans Vande Putte : in pago gandensi.
——— ——]] EE ———— ——_—_———…——… —"—_— _ — ———_——…——
A
‘ peer
DÉNOMINATIONS
ANCIENNES.
| Eeckhout, dépendance de Gand.
Eninge sous Gand. .
Ceninga ou Gegninga, in pago gandensi. Voy. Eninge.
Ekhulta, in pago tor- nacense seu gan- dense.
Enniga, Enigga, Enin- gaccra, in pago gandensi.
Firentsamma, in pago gandensi.
Monasterium Blandi- nium, 10.
FOSRRED ur
po Voy.Won- | deigem. | Haendorp, près de | Hemthorp, in pago Calloo. gandensi. Hamme sous Gand. | Hamma, in pago gan- densi.
“ + ee os
Heusden-lez-Gand. .
Heybergen, dépend.
Hanria, in pago tor- nacense seu gan- densi.
Hemingerothe ou He- ningarodha, in pago gandensi.
Husdine, in pago gan- densi.
Hedberga, in pago
e Laeth int- Marti, em-Saint gandensi. 4 Lainga, in pago gan- densi Langerbru e entr e | Langeberega ou Lan- Gand et Claysen geburugs, in pago andense Ledegem entre Oost- | Liedrengem, in pago akker et Gand. dense ee
() Dans les Annales et dans Van Lokeren
pres
(” F) (
"D
Dans les Annales et dans Van Lokeren Vande Putte et Van Lokeren impriment ans les Annales et dans Van Lokeren
) Dans les Annales et dans Van Lokeren
us les Annales et dans Van Lokeren :
ET LEURS SUBDIVISIONS
DATES.
841 à 870
811 à870 | Tournai
694, 81t à 870 811 à 870
875 Tournai 41049 à 1030 | Tournai
694 » 811 à 870 811 à 870
4049 à 14030 | Tournai
811 à 870 » 811 à 870
811870 | Tournai 4049, 1030 »
ÉVÈGHÉS.
DOYENNÉS.
Gand
Gand
Gand
Gand
SITUATIONS
actuelles.
F1. orient., canton de Gand.
Flandre orientale . .
F1. orient., canton de Beveren.
F1. orient., canton de Gand.
FI. orient., canton de Gand.
FL. orient., canton de azareth.
F1. orient., canton de Gand.
: in pago tornacense; dans Vande Putte : in pago gandense.
: n pago lornacense seu gandense; dans Vande Putte : in pago gandense. : in pago lornacense, Miræus : in pago gandense.
: in pago lornacense seu gandense ; dans Vande Putte : in pago gandense.
: in pago tornacense seu gandense; dans Vande Putte : in pago gandense.
55
SOURCES.
Annales, 210; Vande Putte, T1; Van Lokeren, 1,42 (°).
Annales, 20; ne Putte, 78; Van Lokeren, 1 42 (°”).
Serrure, 42; Annales, 213; Vande Putte, 79, 80; Van Lokeren, 1, 43.
Vande Putte, T1.
Vande Putte, 153; Van Lokeren, I,
45; Miræus, 1,131 ("**).
Serrure, 48; Miræus, 1, 349.
Vande Putte, 79.
Annales, 210; Vande Putte, 78;
Van Lokeren, I, 42 (***).
Annales, 213; Vande Putte, 80; Van Lokeren, 1,43.
EE —————— — ———————— ———
Serrure, 48; Miræus, I, 349.
Annales, 210; Vande Putte, 78; Van Lokeren, E, 12 (**"").
Annales, 210; Hett Putte, 71; Van Lokeren, | 42 (7).
Annales, 213; Vande Putte, 80; Van Lokeren, I, 43.
Serrure, 18; Miræus, 1, 350.
in pago lornacense, et dans Vande Putte : in pago gandense. Voir plus baut, p. 42.
56
ACTUELLES.
ANCIENNES.
LES PAGI DE LA BELGIQUE
ÉVÈCHÉS.
DOYENNÉS.
SITUATIONS
actuelles.
| Machelen-lez-Deynze. | Machlineum ou Ma- | 811à870 | Tournai Courtrai . FI. orient , canton de | glinium, in pago Deynze. gandensi. | Mariakerke. Marka ou Marca, in 864, » Gand FL orient., canton de pago gandensi. 1019, 1030 Gand. | Meerendré . . Merendra, in pago | 1019, 4030 » » FL. orient., canton de gandense. Somergem. Mendonck . Medmedung , in pago 694 n » FL orient., canton de | gandensi. Loochristy. | | d'A Ostarmaringarodha ou | 841 à 870 Osterfurest, in pago gandensi. | Rameringhe sous Ma- | Rameria ou Rame- | 811à870 | Tournai Courtrai . . | FI. oricnt., canton de | chelen. ringhemia, in pago Deynze. | gandensi. Roptele sous Bachte.| Rochinghem super | 811 à 870 » Gand » Dormia, in pago | gandensi. | Rode sous Tron- | Rothe ou Rodhem, in | 811 à 870 » » FI. orient., canton de | chiennes. pago gandensi. Gand. | | | Ronsele . Hrindsele, in pago | 811 à 870 » » FL orient., canton de | gandensi. Somergem. | Slooten-driesch, au | Sclautis, in pago gan- 694 x » FL orient, canton de | nord de Gand et densi. Gand. | près de cette ville. |Synghem, dépendance | Singengem, in pago | 4019, 1030 » » » | Oostakker sous gandense. j Gand. À Terlocht sous Naza- | Tioloth, in pago tor- | 811 à 870 » » FI. orient., canton de [ reth. naccnse seu gan- Nazareth. | dense. | À Tongrot, inter duos » » | fl. Buclaca et Diopa, in pago gandensi. Tronchiennes . . Truncinias, in pago | 811 à 870 » » FI. orient., canton de
gandensi.
Gand.
SOURCES.
Serrure, #, 18; Miræus, 1, 350.
1bid.
Serrure, 2 (°°).
Annales, 213; Vande Putte, 80;
Van Lokeren, 1, 13.
Annales, 210; Vande Putte. 77; Van Lokeren, 1,12 (***).
Vande Putte, 81; Van Lokeren, I,
14 “lécis *
Annales, 215; Van Lokeren, I, 43;
Vande Putte, 79, 80.
Vande Putte, 71.
Serrure, 2; Vande Putte, 79.
Serrure, 18.
Annales, 210; Vande Putte, 78;
Van Lokeren 1, 12 (*®***).
Vande Putte, 80; Van Lokeren, I,
43 pds À
(*) Dans les Annales et dans Van Lokeren, in pago lornacensis seu gandensis ; dans Vande Putte : in pago gandensi.
(**) Dans Vande Putte, p. 79 : Medmedung, super fluvium Dorma.
] (**) Dansles Ænnales et dans Van Lokeren : in pago lornacensis seu gandensis ; dans Vande Putte : in pago gandensi.
p (7 Dans Vande Putte : in pago mempisco ; dans Van Lokeren : in pago mempisco sive gandense.
| ("****) Dans les Annales et dans Van Lokeren : in pago lornacense seu gandense; dans Vande Putte : in pago gandense. | (******) Dans Vande Putte : in pago gandensi ; dans Van Lokeren, sans indication du pagus.
] (*****) Dans les Annales et dans Van Lokeren : in pago lornacense ; dans Vande Putte : in pago gandense.
Annales, 27; Vande Putte, 76; } Van Lokeren, [, 14 (").
Annales, 207: Vande Putte, 75; } Van Lokeren, [1,44 (*°**°").
DÉNOMINATIONS RÉ S
ACTUELLES.
| Uytbergen .
+ ee +
Yinderhaute
| Vosselaere .
Waesmunster .
| Welden, dépendance de Seeverghem.
! Wondelghem .
| Zele . .
ANCIENNES.
Bergine, in pago gan- densi.
Veldaccra ou Feldac- cra, in pugo gan- densi.
Fenaccra, ib. . .
Vestaraccara, in pago gandensi.
Vinderholt ou Win- derholt, in pago gandensi.
Vileria, in pago gan- densi.
Fursitio super Legia, in pago gandensi.
Voveninga, ib.
Wasmonasterium, ib.
Wilda, in pago gan- densi.
Welda, ib. .
ET LEURS SUBDIVISIONS.
DATES.
4019, 1030
811 à 870
811 à 870
811 à 870
1019, 1030
811 à 810
811 à 870
811 à 870
1019, 1030
851
1019, 1030
Guddengem ou Gun- | 1049, 1030
delghem, in pago gandensi.
Wetcrsele, in pago gandensi.
811 à 870
ÉVÊCHÉS.
Tournai
Tournai
Tournai
Tournai
Tournai
DOYENNÉS.
Waes
Gand
Gand
Waes
Gand
Gand
Waes
SITUATIONS
actuelles.
FL. orient., canton de Zele.
FI. orient., canton de Gand.
FI. orient., canton de Nevele.
FI. orient., canton de Hamnic.
FI. orient., cauton de Nazareth.
FI. orientale, canton d'Everghem.
FI. orient., arrond. de Termonde.
(7 Dans les Annales et dans Van Lokeren : in pago tornacense ; dans Vande Putte : in pago gandensi. | (”) Dans les Annales et dans Van Lokeren : in pago tornacense ; dans Vande Putte : in pago gandensi; dans Serrure et dans Miræus, p. 347 : in pago
gendense.
_
! Senaune, Cartulaire de Saint-Bavon, p. 18.
07
SOURCES.
Miræus, 1,349; Serrure, 18.
Annales, 213; Vande Putte, 80; Van Lokeren, [, 13.
1bid. Annales, 213; Van Lokeren, I, 13.
Serrure , 18; Miræus, 1, 350.
Annales, 210; Vande Putte, 77; | Van Lokeren, 1, 12 (”).
Ds Putte, 79; Van Lokeren, 1,
Annales, 113; Vande Putte, 80; Van Lokeren, 1, 13.
Serrure, 18 ; Miræus, 1, 349.
Annales, 267; Vande Putte, 75; Van Lokeren, [, 11; Miræus,1,65#4.
Miræus, [,350 (**); Serrure, 48.
Serrure, 18; Miræus, 1, 350.
Vande Putte; 77.
Le passage d'un acte de 1030 ! semble contrarier singulièrement notre manière de voir au sujet du pagus de Gand. Selon les termes de ce document
58 LES PAGI DE LA BELGIQUE
Synghem, situé hors du doyenné de Gand, ferait partie du pagus de ce nom, tandis que l'acte par lequel Lothaire confirme les possessions de l’abbaye de Saint-Bavon, en 967, indique cette localité dans le pagus de Courtrai !.
Ces deux actes ne se contredisent nullement. IT y avait Synghem, dépen-
dance d’Oostacker sous Gand, dans le pagus gandensis ?, et Synghem dans
l'arrondissement d'Audenarde, canton de Cruyshautem. Ce village faisait partie du pagus de Courtrai.
Les actes relatifs à Machelen et à Rameringhe paraissent aussi de prime abord donner un démenti à notre opinion. Nous ferons observer à ce sujet qu'il y a contestation concernant le pagus dans lequel cette localité était située. M. Van Lokeren imprime in pago tornacensis seu gandensis, M. Vande Putte lit #n pago gandensi %. Loin de nous donner tort, la lecture de Van Lokeren prouverait en notre faveur, le pagus de Courtrai étant compris dans le pagus moyen de Tournai. Quoi qu'il en soit, cette paroisse, située près des confins des pagt de Courtrai et de Gand, a pu donner lieu à une certaine confusion. Il est possible au surplus de la faire rentrer dans la seconde de ces divisions administratives, en faisant passer la ligne de démar- cation au midi de la commune.
Contrairement à l'opinion du comte de Bylandt, nous avons compris le pagus de Waes dans celui de Gand. Nous tâcherons de justifier notre manière de voir à ce sujet.
De Bylandt prétend que le pagus de Waes ne pouvait faire partie de celui de Gand, parce que, dit-il, il y fut réuni seulement en 949 par l'empereur Otton 4. On le voit, le comte de Bylandt est constamment préoc- cupé du prétendu acte de 821, allégué par Sanderus, qui place Tamise dans la Flandre et dont nous avons parlé plus haut (p. 26). II veut à toute force faire passer le pagus de Waes dans celui de la Flandre. C'est une erreur. Les documents, si nombreux concernant Tamise, placent toujours cette localité
Les
! SennuRE, Cartulaire de Saint-Bavon, p. 7. 2 Van LoKerEn, Saint-Bavon, p. 244. 5 Van Loreres, Saint-Pierre, l. c., p. 12; VanDe Pure, L. c., pp. 76, 77.
# Voir aussi à ce sujet Van Lokeren, Cartulaire de Saint-Pierre, p. 484, verbo Wasi pagus.
ET LEURS SUBDIVISIONS. | 59
dans le pagus de Waes !. À notre tour, nous demandons quel était le pouvoir d'Otton sur le pagus de Gand, qui ne lui appartenait pas, et à la possession duquel aucun de ses prédécesseurs n’a jamais pu élever des prétentions? Le pagus de Gand n’était pas terre de l'empire; par conséquent Otton n'avait rien à y réunir, pas même le pagus de Waes. Il est probable que l'acte de réunion de 949 est une invention, comme celui de 824. Personne n'a jamais vu ni l'un ni l'autre de ces diplômes ?.
Dans une lettre adressée, vers 1030, par Ottebald, abbé de Saint-Bavon, à Otgive, comtesse de Flandre, le prélat énumère les possessions de son monastère, et indique les pagé dans lesquels elles sont situées. Ce précieux document, dont nous avons fait largement usage dans ce mémoire, mentionne au pagus de Gand Waesmunster, qui faisait partie de celui de Waes 5. Un autre acte, daté du 1° janvier 1025, renferme le passage suivant : « Postea » ipsa defuncta, filius ejus Ansboldus et filia sua Cilia, pro anima sua, »s tribuerunt duo bunaria terre in comitatu Gandensi, in pago Wase #. » Une charte de 811 à 830 parle de la Durme, rivière dont les eaux arro- sent le pagus de Waes, et l'indique dans le pagus mempiscus sive gan- densis $. D’autres actes de 811 à 830, 1019 et 1030 citent Uytbergen, Haendorp, Zele et Basele, situés dans le pagus de Waes, au nombre des localités du pagus de Gand $.
‘ Voir plus bas le tableau des localités comprises dans le pagus de Waes.
? N'aurait-on pas conclu à la prétendue réunion du pagus de Waes à celui de Flandre, en 949, par suite des faits relatés dans le passage suivant de Kluit : « Huic novo castello (Gan- » densi), non castellani, sed comites pracfuerunt, quibus quatuor villae cum appendiciis suis, » Asnethe, Bocholt, Axla, Hulsta cum tota Wasia subjectae fuerunt. » (Kiuir, Hist. craticu, t. 11, re part., p. 23). Des auteurs tels que Warnkoenig et Gérard invoquent à l'appui de cette réunion le témoignage de Butkens (Trophées de Brabant, t. If, Preuves, p. 11). Ni Butkens, ni Duchesne, auquel le premier de ces auteurs aurait emprunté ce prétendu passage, ne parlent du pagus de Gand ni de sa réunion à celui de Waes. (Voir Hist. des Carolingiens, 1. I, p. 129). On peut aussi consulter à ce sujet DE VLAEmINCx , Opkomst des lands van Dendermonde, p. 124.
3 Serrure, . c., p. 18; Minæus, t. 1°", p. 547.
& Van LokerEn , Cartulaire de Saint-Pierre, p. 74.
$ Jbid., p. 14. Voir plus haut, p. 49, en note, des observations au sujet de la situation ancienne de la Durme.
$ Minæus, t. Le", p. 527; SERRURE, Cartulaire de Saint-Bavon, p.18.
60 LES PAGI DE LA BELGIQUE
Ces documents font voir de la manière la plus positive que le pagus de Waes était une dépendance de celui de Gand; et la prétendue contradiction de ces actes confirme complétement notre manière de voir. Elle fait aussi comprendre comment le châtelain de Gand étendait son autorité sur le pays de Waes !.
$ 4. — LE PETIT PAGUS DE WAES.
(Pagus wasensis.)
L'étendue de ce pagus correspondait probablement à celle du doyenné de Waes. Aucun document ne mentionne dans cette division administrative une localité située hors du doyenné précité, sauf deux : Landegem et Somer- gem, paroisses du doyenné de Gand indiquées, par un acte de 1037, dans le pagus de Waes. Nous avouons que lexplication de ces contradic- tions est difficile. Entre ces deux endroits et le doyenné de Waes figurent Heusden, Gand, Slooten, etc., qui, selon les témoignages des chartes, dans lesquelles ces lieux sont cités, élaient situés au pagus de Gand. D'un autre côté, on voit figurer dans ce pagus Waesmunster, paroisse du doyenné de Waes, sise au milieu du pagus du même nom. Cette confusion serait-elle le résultat de la dépendance dans laquelle se trouvait le pagus de Waes, vis-à-vis de celui de Gand ? Nous n’osons rien décider à ce sujet. Elle semble toutefois militer en faveur de notre opinion, en ce qui concerne la dépendance réciproque de ces deux pagi. Vers le nord le doyenné de Waes touchait à l'Escaut, vers l'est au pays de Ryen, dont l'Escaut le séparait, vers le midi au pagus brabantensis, où il suivait la rive gauche de l’Escaut jusqu'à Uytbergen. A l’ouest ces limites passaient entre Moerbeke et Wach- tebeke, Seveneeken et Lokeren, Calken et Overmeire. Au moyen des chartes nous avons dressé le tableau suivant des localités du pagus de Waes.
1 WaRNKOENIG, Hist. de Flandre, t. 11, p. 132.
| Basele . | Belcele RCE
| Destelberghe .
| Hulsterloo *
| Lndcgem che
| Lokeren. |
| Punbeke sous Saint- Nicolas.
| pr es sous Saint- { Gilles.
| Somergem .
Tamise . .
| Thictrode
| | | |,
ET LEURS SUBDIVISIONS.
61
TABLEAU DES LOCALITÉS CITÉES DANS LE PETIT PAGUS DE WAES.
ANCIENNES.
Arcela, in pago Wasiæ.
Barla écrit aussi Bars- cela, in pago Wasiæ.
Bogastella, in pago Wasiæ.
Texla ou Thexla. Tes- sala, in pago Wasiæ.
Durbecca, in Wasia. Ham, in Wasia
Huist, in Wasia .
Hudeslo,
in pago Wasiæ. di:
Hulsterlo, in Wasia. Landingehem, in pa- go Wasiæ Lokeren, in Wasia. . Punbeke, ib. . Salichem, 16. . Someringehem, in pago Wasiæ.
Tempsica ou Temp- seca, in pago Wasia.
Tilroda, in Wasia. .
Velseke, in Wasia. .
1037
1037
4037
962, 1037
868 à 869
868 à 869
1139
1037
1139
1037
4139
4139
4139
1037
870, 951
868 à 869
1139
ÉVÊCHÉS.
Tournai. .
Tournai. . Tournai . Tournai
| (} s'agit ici du pays de Waes et non du pagus de ce nom.
(”} Dans Vande Putte, p.92: in Mempisco.
Tome XXXIX.
DOYENNÉS.
Waes .
Waes ,
Waes
Gand .
Waes . .
Gand
Wacs . . .
SITUATIONS
actuelles.
Flandre orient., can- ton de Tamise.
FL. orient., canton de Saint-Nicolas.
F1. orient., canton de Termonde.
F1. orient., canton de Termonde.
Près de Kieldrecht. .
FI. orient., canton de Nevele.
Flandre orientale .
F1. orient., canton de Saint-Nicolas.
FL. orient., canton de Somergem.
Flandre orientale .
FI. orient., canton de Tamise. , . . .
Van Lokeren, 1, 84.
Ibid.
1bid.
Van Lokeren, I, 84; Vande Putte, 00, 162.
Duvivier, 312.
Ibid.
Miræus, |, 104 (°}.
Van Lokeren, 1, 84.
Miræus, 1, 104.
Van Lokeren, I, 84.
Miræus, [, 104.
Ibid.
Ibid.
Van Lokeren, 1, 84 (*”).
Miræus, 1, 341; Rec. des hist., VIII, 628; Van Lokeren, [, 20, 28 ; Vande Putte, 25, 89.
Duvivier, 32.
Miræus, Î, 104.
11
62 LES PAGI DE LA BELGIQUE
Tamise figure dans ce tableau, malgré l'indication donnée par Sanderus, qui place cette localité dans le pagus de la Flandre. Les chartes et diplômes reproduits par Miræus !, par Bouquet ?, par Vande Putte 3 et par Van Lokeren #, sont tous d'accord pour la placer dans le pagus de Waes, et réfutent complétement la manière de voir de l'historien des Flandres.
$ 5. — LE PETIT PAGUS DU CAREBANT.
(Pagus carebantensis.)
Carebant, Carembault ou Carembaut est le nom d’un petit pagus cité la première fois dans un acte de 673 5. Au nord il touchait à la Deule, à l'ouest et au sud ses frontières étaient formées par celles du Mempise, à l’est par les limites du pagus de la Pevèle, qui passaient entre les paroisses de Saint- André et de Lille, Sequedin et Loos, Haubourdin et Wattignies, Emmerin et Noyelles, Santes et Houplin, Gondecourt et Seclin, Phalempin et la Neu- ville, Wahagnies et Thumeries.
Les limites telles que nous venons de les tracer sont formées au moyen du tableau ci-joint et de l'étendue du quartier de Carembant décrit par Buzelin 6,
1 Tome Ir, p. 341.
2 Tome VIII, p. 625.
$ Annal. ubb. Sancti-Petri, pp. 25, 89.
* Cartulaire de Saint-Pierre, pp. 20, 28. $ Minæus, t. Le, p. 126.
6 Gallo-Flandria, p. 131.
ET LEURS SUBDIVISIONS.
65
TABLEAU DES LOCALITÉS CITÉES DANS LE PETIT PAGUS DU CAREBANT.
BDÉNOMINATIONS
oo,
ACTUELLES.
Annœulin . .
1 Bauvin .
Camphin en Carem- bault.
| Carnin .
| Ennetières .
| Mouchin.
| Phalempin .
ANCIENNES.
AnnϾulin, in Karem- baut.
Bauvin, ib.
Camvin ou Canphin, in pago karabatinse.
Carvin, in pago kara- bantensc.
Corulis, in pago kara- bantense.
Anetyers, in Cara- banto.
Maxtin ou Marcin, in pago Caribant.
Phalempin, in comi- tatu Carenbam.
Provin, in pago ca- renbanteunsi.
Steflas ou Stefles, in pago karabanto.
Wavyarant, 6b..
994
Tournai
Tournai
Tournai
DOYENNÉS.
Lille.
Lille.
Lille.
SITUATIONS
actuelles.
Département du Nord.
Département du Nord, canton de Cysoing.
Département du Nord, canton de Seclin.
Dépt du Nord, canton e Haubourdin.
Département du Nord, canton de Cysoing.
Dépt du Nord, canton e Pont-à-Marcq.
Département du Nord, canton de Seclin.
Dépt du Nord, canton
e Haubourdin.
SOURCES.
Inventaire des chartes de Lille,
,
lbid.
Vande Putte, 25, 92; Van Lokeren, Cartul. de Saint-Pierre, 1, 38.
Vande Putte, 113; Van Lokeren, 63 ("). vue Putte, 110; Van Lokeren, I,
Van Lokeren, 1, 423 (**).
Miræus, [, 196.
Miræus, 1, 54.
Piot, Cartul. de Saint-Trond, I,
“ode Putte, 25,92; Van Lokeren,
E
Vande Putte, 110; Van Lokeren, 1, 54 (°°°).
| (7 1 faut probablement lire Carnin. Si la lecture que nous proposons est exacte, tout s'explique. En lisant Carvin, il faut chercher cette localité dans
le Pas-de-Calais, sur lequel le Carebant ne s’est pas étendu.
| ("7 Ennetières, dans un acte de 1037, est indiqué au pays de Weppes. (Van Loxensn, L. c., p. 84.) | (7 Ces auteurs indiquent une ligne de points au lieu du nom de pagus. Il est à supposer qu'il faut lire Carebantinsi ou Karebantensi, pagus dans lequel
| Arnoul, comte de Valenciennes, dont le fils Thierri fit la donation, avait de grandes propriétés.
Ces limites diffèrent essentiellement de celles indiquées par M. Desnoyers dans sa Topographie ecclésiastique de France. D'après cet auteur, les frontières orientales du Carebant auraient suivi la Haute-Deule. Cette supposition est
64 LES PAGI DE LA BELGIQUE
formellement contredite par la position de plusieurs localités telles que Carnin et Camphin, citées dans le tableau ci-dessus, et qui, malgré leur situation sur la rive droite de la Haute-Deule, ne faisaient pas moins partie du Carebant.
$ 6. — LE PETIT PAGUS DU MÉLANTOIs.
(Pagus medenatensis, medenentis, melnentis, meteletensis.)
Comme le dit très-bien l’auteur de la Description de la Gaule-Belgique, la Vie de saint Éloi est le monument le plus ancien qui cite ce pagus 1. L'acte de partage de 835 le mentionne également, sans indiquer les pagi du Carebant et de la Pevèle. Pareil silence a fait supposer par Wastelain que le Mélantois formait primitivement une grande division comprenant les deux pagi précités et probablement aussi, continue-t-1l, le Ferrain. Néanmoins il